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10/08/2008

Pollution

Cette nuit là, nous avons fort mal dormi. C’était en été, au début du mois d’août, la nuit était douce,  pas trop chaude, en raison des curieuses variations de température et de climat que nous connaissons en Alsace depuis quelques années. Il n’y plus de saisons, plus de canicule en été et plus de neige en hiver.

Nous habitons un immeuble dont une façade nous donne une jolie vue sur la Cathédrale de Strasbourg ou le Parlement Européen et l’autre sur ce que l’on appelle : « Le Port du Rhin » et sa zone industrielle.

Comme d’habitude, j’avais tardé pour pianoter sur mon ordinateur afin d’échanger avec des amis lointains que je ne verrai probablement jamais. La fenêtre était ouverte, la nuit calme, débarrassée des nuisances sonores du quartier universitaire grâce à « Strasbourg au mois d’août ».

Habituellement, inutile, bien entendu, de vouloir dormir la fenêtre ouverte. Les rodéos nocturnes, les querelles d’ivrognes sur le parking ou dans l’entrée d’un immeuble de studios en face rend obligatoire les doubles vitrages récemment installés.

Nous revenions mon épouse et moi d’un voyage de trois semaines passées à Saint Julien prés de Genève et de la frontière suisse,  où nous avons pris un grand bol d’air, débarrassé le jardin de mon fils de ses haricots verts, de ses fraises et de ses salades.

Je ne prétends pas faire de ce coin de France un éden écologique, mais bon, mon asthme me laissait en paix, la peau de mon visage ne cuisait plus et je ne souffrais plus d’allergies.

Donc, en me glissant dans les draps, j’envisageais une nuit paisible. Je plongeais rapidement dans le sommeil en pensant au plaisir d’un réveil agrémenté de l’odeur du café frais, si joliment et si gentiment préparé par mon épouse et d’un rayon de soleil matinal plusieurs fois annoncé par les oracles météorologiques.

Quel plaisir que d’être retraité,  d’avoir près de soi une épouse aimante et douce, d’être en paix avec les autres et avec soi même et d’attendre chaque journée qui vient comme une source de joies nouvelles et inépuisables !

Il y a tant de choses à faire, nous sommes tout deux en bonne santé, nous aimons la lecture, les voyages, la rencontre avec les autres, avec la nature, avec les évènements. Bref pour nous, si ce n’est pas le bonheur, cela lui ressemble.

Mais rien n’est parfait en ce bas monde et, je sais bien que notre « légende personnelle », celle qui nous met une épée dans le dos et qui nous dit : « Avance je suis au-delà ! » ne nous laisse pas longtemps vautré dans la béatitude. C’est la raison pour laquelle nous vivons au jour le jour et prenons de l’instant, ce qu’il veut bien nous donner.

Au petit matin, un cauchemar effroyable me réveillait en sursaut. Un individu ou un animal, je ne sais plus très bien me serrait à la gorge et j’étouffais.  Une odeur acre et acide emplissait la pièce, la peau me brûlait et les yeux  me piquaient.

Mon épouse ne dormais plus : « Le vent a tourné, me dit-elle ». Dans ce quartier nous savons tous ce que cela veut dire. Nous habitons près de  la frontière et, nous partageons avec la ville de Kehl un triste privilège : lorsque le vent souffle de France, Kehl bénéficie des fumées acides du « Port du Rhin » et c’est l’inverse lorsqu’il vient d’Allemagne.

Le partage des vents est relativement équitable, Eole est un Dieu juste, mais les Allemands n’ont que faire de nos pollutions atmosphériques et leurs protestations régulières, même vaines, n’en sont que plus véhémentes.

Je me levai et allai sur le balcon placé hélas du mauvais côté. Effectivement les fumées nocives étaient orientées vers nous, le ciel était rougeâtre, le soleil levant dessinait nettement, et désignait clairement, les cheminées fautives qui semblaient décharger autant qu’elles le pouvaient avant que le soleil et les hommes ne se lèvent véritablement.

Je refermais soigneusement les fenêtres, toussais pour dégager mes bronches, me recouchais et tâchai de dormir encore un peu, je pensais à cette belle journée attendue, mais le coeur n’y était plus.

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