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14/02/2006

Education et savoir être

Ce qui empêche un individu d’atteindre l’idée qu’il peut se faire de sa propre perfection, c’est les forces antagonistes qui luttent en lui et entre elles.
Prenons l’exemple du sportif pour lequel il existe des moments privilégiés où les moindres gestes sont juste ce qu’il faut : le nageur avance  plus vite, le tennisman est omniprésent, le coureur de fond inépuisable, etc.
Il n’y a plus rien en eux de discordant, l’harmonie a remplacé les débauches d’énergie, tension, angoisse, agressivité, ont disparu, place à la joie, au bonheur, enfin  le corps exulte.
La vraie victoire est là, à portée de main !
Ceux qui ont exceptionnellement ressenti ces sensations, éprouvé ou reçu cette « illumination » ne souhaitent qu’une chose, que cet état devienne permanent.
Est-ce possible et pour chacun d’entre nous et pas seulement pour quelques athlètes exceptionnels ou quelques mystiques portés par leurs certitudes ?
Notre pragmatisme quotidien est-il en mesure de nous conduire vers cet élan encore trop souvent considéré comme conséquence de l’irrationalité ?
Pourquoi pas, et avant de se prononcer, voyons de plus prés de quoi il peut s’agir.
Que se passe-t-il en cas d’urgence pour un individu qui se considère dans un environnement, une situation qu’il juge agressifs  et qu’il doit maîtriser ?
Cet individu pense mieux, plus vite, il élargit son champ de vision et de perception. Il intègre, analyse les facteurs clés de son environnement, mieux, plus vite, ensemble. Il fait la synthèse, choisit, à la vitesse de l’éclair.
Et tout cela, parce qu’il n’a pas le temps d’être angoissé, d’hésiter, il est brusquement libre de ses blocages, contradictions, préjugés, jugements de valeur. Bref, toute la somme des énergies négatives qui, autrement, le bloquent, le pétrifie et le condamnent à subir.
Ce que nous réalisons en période de surtension, pouvons nous le déclencher volontairement et l’interrompre à volonté afin de ne pas épuiser notre organisme dans l’usage inconsidéré de ce qui pourrait s’assimiler à une drogue, puisque s’établirait alors une véritable dépendance, des conduites addictives, et l’on sait où conduisent les dépendances, en matière sportive, religieuse, sociales etc.
La solution serait de développer des réflexes conditionnés positifs pour parvenir à cet état, sans crise, ni urgence vraie. Le cerveau fonctionne ainsi ! Les synapses, c’est à dire et pour simplifier, les liaisons neuronales se positionnent en un chemin tout tracé lorsque l’on répète sans cesse un exercice, c’est la dure loi de l’apprentissage !
Rester conscient et manœuvrant en toutes circonstances consiste à développer des réflexes conditionnés physiques et mentaux positifs, laissant le cerveau et le corps disponibles pour créer des nouvelles structures qui permettent l’accès à d’autres niveaux d’organisation toujours plus complexes caractérisant l’évolution
L’homme intégré, acteur et socialement responsable, mais en plus fier et heureux de l’être, est donc possible, encore une fois il semblerait que ce soit  affaire d’éducation, de moyens et de volonté.
L’individu peut faire plus de choses qu’il ne s’en croit généralement capable, c’est un constat que j’ai souvent fait en matière d’entraînement sportif et ce, quels que soient les niveaux de pratique. Seule l’énergie initiale que je caractérise « d’impulsion première » est nécessaire, qu’elle provienne de sa foi, de ses certitudes,  de ses besoins fondamentaux ou sociaux ! Le reste est affaire d’apprentissage, de technique, de motivation permanente et de temps.
Tout éducateur ou formateur devrait connaître et maîtriser les bases physiologiques, psychologiques et sociales qui déterminent nos comportements, afin de les inscrire  dans le cadre de pédagogies qui ne se contenteraient pas de transmettre un savoir, mais aussi d’apprendre à s’en servir.
Dans cet esprit, il lui faudra commencer par établir une communication interpersonnelle qui lui permette de connaître et comprendre un individu dans une relation faisant la synthèse du temps temporel, spatial et culturel spécifiques à la personne concernée. Un état des lieux en quelque sorte,  nécessaire préalable avant la diffusion du message éducatif, socialisant, formateur.
Par exemple, quelle est son échelle de valeurs ? Son mode de vie ?  Quels sont ses ennemis : insécurité, infériorité, aveuglement, ignorance ?
Les hommes n’étant que ce qui réside dans leur tête et dans leur cœur, l’éducateur se doit pour comprendre et appréhender, d’être patient et paisible. S’il doit accompagner l’apprenant, il  doit aussi le laisser lutter contre lui même, se vaincre, se reconstruire, pour enfin, accepter l’enseignement.
Bien sûr, développer une telle stratégie et méthode pédagogique nécessite une grande maîtrise du sujet de la part des formateurs de formateurs. Ces derniers ont de ce fait plus que jamais besoin des chercheurs et des universitaires afin de rendre utilisables ces concepts dans des didactiques, des programmes, des modules, directement utilisables par les éducateurs et les formateurs du terrain.
C’est une grande et noble tâche, à laquelle il est urgent et nécessaire de s’atteler.