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30/12/2006

L’autorité pourquoi faire ?

Il est d’actualité de revenir sans cesse sur la question du sens : pourquoi l’autorité, pourquoi l’éducation, pourquoi la violence etc.

Au sein de l’Institut pour la Promotion du Lien social, Pierre Karli nous interpelle sur l’autorité et pose la question : l’autorité pourquoi faire ?[1]

Pour ma part, j’ai renoncé à répondre aux « pourquoi », surtout aux « pourquoi faire » car je n’y ai jamais trouvé une réponse objective.Tout au plus, et si l’on insiste, puis-je répondre à une question formulée de façon plus ouverte : De quelle façon voulez vous exercer une autorité ? Pour vous, que représente l’autorité que vous voulez exercer ?

Il y a bien d’autres questions ouvertes à poser à ceux qui veulent exercer une autorité. Par exemple, comment allez-vous exercer l’autorité qui vous est déléguée ? Ou encore, avec qui allez vous l’exercer ? Quels moyens allez-vous employer etc.

Bien sûr, je ne me désintéresse pas des fins de l’autorité, mais cette question, je la poserai directement à l’autorité elle-même. Autorité qui es tu où vas-tu ?

Pour ma part, j’ai déjà ma réponse (subjective bien évidement) ! « L’autorité, dans la minorité de l’esprit humain, est moyen, outil ainsi qu’objectif pour aider à répondre aux besoins et aspirations d’une collectivité humaine tentant de rendre chaque membre librement responsable »

L’autorité est alors énergie et cette énergie est neutre et objective.

En effet, «  une société est un monde déjà constitué avant la naissance de l’enfant, et qui se présente à lui par de multiples moyens : les façons de faire, les gestes, les rapports humains, l’organisation de l’espace, le monde symbolique du langage…tout ce qui est caractéristique d’une société est déjà là, bien sûr, et présente à l’enfant qui vient au monde tout ce qu’il devra intégrer dans son fonctionnement réel et symbolique, mais aussi les normes qui s’imposent à ce fonctionnement. Autrement dit, sur le « matériel de base » que constitue l’équipement neurologique, le monde auquel vient l’enfant imprime ses marques, impose ses contraintes, En ce sens, l’esprit  est dans le monde avant de s’incarner dans un sujet particulier »

Cet extrait d’un texte de Françoise Parot maître de conférences à l’université René-Descartes (Paris-VI) illustre bien, pour moi, l’idée que la question du sens est loin d’être une « affaire personnelle » et que comme l’esprit le sens est d’abord dans le monde. Ce qu’il faut apprendre au sujet enfant, avec autorité, c’est de questionner le sens que la société à mis en nous et à faire le tri dans ce qu’il lui apparaît en premier lieu bon pour lui, puis pour les autres dans un concept humaniste fait de partage de connaissance, savoir faire, sens du plaisir, du bonheur. Nous devons partager ce que les autres peuvent recevoir sans que nous le perdions : la sympathie, l’empathie, l’intérêt, le goût de la médiation et permettre à chacun d’accéder à divers niveaux de conscience sociale.

Recherche utopique pour certains et de toute façon dépendant très étroitement de la culture, du contexte, du lieu, des aspirations d’une époque qui flottent confusément dans l’atmosphère et que certains possédant compétence, énergie et statut exercent avec plus ou moins de loyauté, probité, discernement…question d’éthique et de morale. L’éthique est la morale que l’on se donne à soi même,  la laïcité s’exprime par l’éthique, la religion par la morale, les deux sont affaire de règles comprises et acceptées ou ignorées et subies. Ainsi va la nature humaine !

Pour ce qui concerne notre recherche, les deux logiques d’action sont le plus souvent conduites de façon parallèle c’est-à-dire parfois dans l’intérêt de l’individu, parfois dans celui de la collectivité, mais toujours selon le système hiérarchique de dominance en vigueur.

Rôles, statuts, tâches, fonctions ! Des transformations ont profondément modifié la répartition des responsabilités entre les différents acteurs de l’éducation et de la socialisation. Les trois institutions qui ont en charge l’éducation et la socialisation des enfants s’organisent chacune autour d’une fonction principale qui renvoie à une logique essentielle : l’enseignement pour l’école, la socialisation pour les institutions du temps libre et pour la rue, la filiation pour la famille, ce qui n’empêche pas les transversalités. Encore faut il réfléchir à ce que ces transversalités ne se transforment en confrontation.

La famille inscrivait les enfants dans une lignée de socialisation verticale qui devient actuellement particulièrement problématique en raison des ruptures familiales. La famille s’occupait de l’éducation religieuse et morale des enfants et elle se chargeait de leur insertion professionnelle. La crise des idéologies et des valeurs, le chômage des adultes comme des jeunes ne permettent souvent plus aux familles d’assurer ces fonctions.

L’école est passage obligé pour tous les enfants et les jeunes. Il s’y focalise des attentes qui ne sont souvent plus compatibles entre elles : former des citoyens, assurer l’éducation à la citoyenneté, les règles du « vivre ensemble ».

Dans le même temps, une interprétation restreinte de la laïcité conduit à éviter toute discussion portant sur les valeurs individuelles. L’on n’aborde plus la question des valeurs y compris « universelles ».On attend de l’école la transmission des savoirs permettant l’insertion professionnelle encore synonyme de promotion sociale, d’égalité des chances et de réussite.

Les institutions du temps libre, la cité, la rue contribuaient à l’éducation morale (mouvements de jeunesse, église) La référence aux valeurs s’articulaient autour d’un projet de société. De nombreuses structures municipales ou associatives ont pris tant bien que mal le relais et assurent aujourd’hui ces fonctions selon des « projets éducatifs » : socialisation, apprentissage de règles, autonomie, citoyenneté.

Les enfants et les adolescents se structurent à partir de ces trois lieux où des adultes font, ou devraient, faire référence. C’est dans ces lieux que l’autorité est en crise, autorité fondée sur la crédibilité que ces trois pôles ont perdue.

L’essentiel de notre problématique tient dans cette évidence : avant que de savoir ce que l’on va faire de l’autorité, il faut dire ce que nous voulons comme autorité, à qui nous voulons l’appliquer et comment : sous forme éducative, socialisante, de remédiation, de répression, dans quels lieux et quels contextes, et se poser la question de la crédibilité de ceux qui sont censé « avoir de l’autorité » Autorité déléguée, assumée, partagée, appliquée, autorité légitime de l’enseignant, du père, du prêtre, du policier, du juge ou de l’éducateur. Le reste est affaire d’éducation, de méthode, de moyens, de morale et d’éthique.

Francis NERI 

29 12 06

     

 



[1] Ce texte est une contribution aux travaux de l’IPLS sur le thème de l’autorité