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26/02/2008

Globalisation et Systémique

Bonjour, 

 

Je suis de plus en plus inquiet de la tournure que prennent les évènements en matière de crise financière et boursière. Cette crise est systèmique, c'est à dire qu'elle est totale et globale mais aussi que les systèmes de régulation (si véritablement ils existent) ne sont pas efficaces, que les "rétroactions" sont positives, qu'elles agravent la crise.

Permettez moi de vous livrer mes réflexions à ce sujet.

 

Bien cordialement  

  

Faisons tout d’abord une constatation qui n’est pas encore une évidence pour tous, en particulier pour les nostalgiques du psycho-marxisme le plus primitif : Gauche ou Droite, tous adhèrent à présent au modèle d'économie sociale de marché tiré par les exportations…et la consommation intérieure spécifique à l’Etat concerné. Selon le mot du comte de Saint-Simon qui plaisait tant à Marx, «le gouvernement des hommes» a très sérieusement donné la place à «l'administration de choses», les rivalités de personnes se réduisant peu à peu à des conflits d'ego, solubles dans le management quotidien que nous souhaiterions appliquer au plan universel.

Il y a pourtant rupture dans » L’administration des choses » au sein d’une globalisation qui se met péniblement en place. Cette rupture a toutes les caractéristiques d’une crise systémique (globale et totale) dans le sens qu’elle touche tous les systèmes : financiers, boursiers, économiques, sociaux, politiques etc. Tous ces systèmes interagissent entre eux. Pourtant, les réponses régulatrices sont désespérément linéaires et binaires. Elles n’intéressent que les effets des représentations des techniciens de la finance  spécifiques à un seul système (en l’espèce le système financier). Sans d’ailleurs pour autant s’attaquer aux causes qui bien évidement ne produisent pas nécessairement les mêmes effets. Sans réponse systémique, c'est-à-dire sans anticiper avec soin les effets probables de nos représentations d’opérateurs et d’acteurs et, sans solliciter notre « expertise d’usage » (contrôle et régulation), nous n’avons aucune chance de résoudre cette crise auprès desquelles les  précédentes risquent d’apparaître comme des plaisanteries.      

Nous notons pourtant une prise de conscience progressive  d’une crise systémique majeure, par exemple dans les termes de la chronique d'Alain-Gérard Slama du 28 janvier dans le Figaro : « la vraie rupture est  stratégique » sans véritablement préciser par ce qu’il entend par stratégique.

Il cite fort justement deux évènements majeurs : le rapport Attali et les 5 milliards d'euros de la Société Générale, en omettant toutefois de qualifier d’évènement la crise des subprimes.

Ce qui est nouveau c’est que M. Slama parle de « conjonction » de ces évènements et là, nous entrons dans le domaine de l’analyse systémique  et donc de globalisation et d’incertitude !

Notre analyse diverge quant à l’interprétation qu’il fait de la réaction de l’opinion publique, de la peur qu’inspirerait cette globalisation et de la nature des réponses à apporter.

La peur naît de l’inconnu, de ce que l’on ne connaît pas ou de ce que l’on nous cache volontairement. Aussi, si nous souscrivons avec M. Slama sur l’essentiel de son analyse,  à savoir « que la stratégie des dirigeants ne peut plus être sélective ; elle doit être globale, parce que tout se tient » et « que prises séparément ces corrélations ne sont pas nouvelles » elles nous conduisent justement à remettre en cause ce qui constitue, selon lui, l’essentiel c’est à dire nos « valeurs d'autonomie individuelle, de laïcité et d'unité autour de l'État, propres à la culture politique française ».

Et ce n’est pas tout. Ce sont les valeurs qui déterminent une culture, valeurs qui sont le produit des représentations qu’un peuple a acquis tout au long de son histoire. Les préjugés, les jugements de valeur, les dogmes et les codes sont bien plus puissants que les « valeurs d’autonomie individuelle, de laïcité et d’unité » qui ne sont nullement propres à la culture politique française, loin de là  et heureusement !

Enfin nous dirons qu’il serait utopique de penser que les immigrants, en rupture avec leur propre système, seraient en recherche de ces valeurs « d’intégration ». Ce à quoi ils aspirent  c’est au travail, pouvoir trouver un logement et fonder une famille, c’est à dire répondre avant tout à des besoins premiers. Ce n’est que bien plus tard, et souvent seulement à la seconde génération, par des réaménagements, un processus éducatif et socialisant, que le système de valeurs reçu en héritage peut être réadapté en remettant en question la relation au monde, les contrats sociaux et un certain nombre de croyances.  

La question est donc de savoir si nous voulons ou sommes encore en mesure de répondre à leur attente. Ce qui remet en question d’autres valeurs dont justement M. Slama ne fait pas état : la justice sociale et la solidarité entre les peuples, le respect des institutions, la régulation, des conduites sociales, économiques, politiques,[1] par le droit, le contrat et le devoir.

Il ne faut donc pas condamner, comme le font les alter mondialistes, toute forme de capitalisme ou de libéralisme mais le réguler, c'est-à-dire, par exemple, d’interdire des pratiques comme les subprimes qui enrichissent scandaleusement les uns en appauvrissant encore plus les autres. Interdire ne suffit pas, il faut punir sévèrement ceux qui sont responsables de ces errements quelle que soit leur position sociale et surtout en fonction de leur niveau de responsabilité. La justice sociale et la cohésion du même nom sont à ce prix. Sans cohésion sociale et consensus, il n’y a pas de société démocratique, pas d’économie pas de solidarité etc.

Oui nous devons repenser « nos stratégies politiques en fonction du primat de l'économie mondialisée » mais il serait vain de penser le faire avec des peuples qui auraient la peur au ventre et qui seraient maintenus dans l’ignorance des risques qu’ils encourent.

Enfin il serait inutile de se cacher que les risques véritables ont pour nom : déséquilibre démographique, dérèglement climatique, surexploitation des réserves naturelles, déséquilibre Nord/ Sud etc. 

Alors rupture et nécessité économique probablement, mais si l’on veut véritablement éviter une nouvelle crise mondiale, systémique celle-là, probablement pire que celle des années 1930, il faut sérieusement penser et agir selon les bonnes vielles méthodes de « management », c'est-à-dire : élaborer un arbre de pertinence qui commence par le choix d’une finalité commune, se donner ensuite des objectifs et des moyens. En cours de route, on évalue les résultats et s’il le faut on modifie la trajectoire. On met en place des contrôles et des sanctions…  etc.

Dans le passé on appelait cela un « plan ». Pour quelles raisons la méthode, le processus a-t-il été abandonné ?

Peut-être que justement cette notion d’anticipation des effets faisait peur à nos dirigeants ou alors que les outils prévisionnels étaient insuffisants, ou encore que le changement est devenu trop complexe pour nos sociétés pétrifiées dans leurs structure corporatistes et qui refusent de se transformer.[2]

Nous touchons probablement ici à l’essentiel de nos difficultés.

En effet, les systèmes et les organisations ne peuvent plus seulement donner des réponses matérielles aux problématiques sociales. Elles doivent aussi donner des réponses matérielles au besoin de reconnaissance et d’épanouissement des individus. Le grand défi du XXIeme  siècle consiste à introduire une dimension éthique dans la compréhension et la gestion des rapports avec soi-même, ses semblables et l’environnement.

L’éthique est probablement et simplement une logique de l’action alliant pragmatisme, responsabilité et morale, qui respecte l’écologie des systèmes humains.

Avoir un comportement éthique c’est être conscient que tout ce que nous faisons entre dans une dynamique d’interactions et de rétroactions encore difficilement prévisibles et que nous en sommes responsables.

Pour changer, il nous faudra donc évoluer, par exemple en reconsidérant la notion de « rapports de force ». En effet, nos difficultés ne s’élimineront pas en les combattants mais en les transformant. Le meilleur exemple, ou plus précisément l’un des plus malheureux, que l’on puisse donner est celui du conflit Israélo-Palestinien.

L’on perd beaucoup de temps, d’énergie… et de vies à combattre les difficultés en pensant que nous pouvons agir sur la « totalité » de la « réalité » et qu’il n’en existe qu’une seule lecture.  Cela revient à ajouter du white-spirit sur un barbecue.

Par contre nous devons pouvoir en tirer partie en transformant nos difficultés de communication. Rien de ce qui constitue les personnalités individuelles ou de groupes ne doit être combattu, nié ou refoulé. Il s’agit au contraire de jouer gagnant/gagnant avec et d’en tirer de la valeur ajoutée.

Finalement, c’est l’étroitesse de nos représentations, notre manque d’audace relationnelle qui limite notre champ d’action et dépense nos énergies dans l’alimentation d’efforts paralysants.

Un défi d’esthétique est adressé aux opérateurs et acteurs sociaux responsables. Il s’agit de la mise en harmonie des interactions complexes dans le respect des valeurs spirituelles et culturelles de notre écosystème.

Personnellement je ne pense pas que ce défi ne puisse être relevé par le genre humain. Le monde matériel s’organisant naturellement en second !    

Francis NERI

31 01 08



[1] Voir « Dynamique des groupes : le contrat »

[2] Voir « Promouvoir le changement »

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