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09/03/2008

La quête du sens

 Bonjour,

Encore un petit mot sur ce long voyage au Maroc au cours duquel, j'ai pu constater que la crise systémique mondiale de la communication qui ravage nos systèmes sociaux n'est pas irréversible. Les signes sont là avec l'espoir que comme les affluents régénérent un fleuve polué il en sera de même avec nos systèmes sociaux. Même au milieu des décombres une fleur peut repouser. D'où viendra le renouveau, le changement ? De la nécessité d'un deal occident/orient ?

Bonne lecture !

«  Les dieux n’étant plus et le Christ  n’étant pas encore, il y eut de Cicéron à Marc Aurèle un moment unique où l’homme seul a été »

Marguerite Yourcenar.

Notre jeunesse est pessimiste, soit ! Elle est abandonnée à des familles de plus en plus défaillantes, l’école comme l’université le sont également! Cette jeunesse semble être comme ses aînés, « aspirée » par la société de consommation et atteinte par le choc de la mondialisation. !

L’Homme serait-il à nouveau seul ? Ses enfants ne croiraient-ils plus en rien, même pas en un futur possible ? Ou alors seraient-ils victimes d’une vision trop intellectuelle, explicative et rationnelle de leurs aînés, vision trop souvent faite de jugements de valeur et de préjugés et développée au détriment de l’écoute et de l’observation ?

A force de promouvoir l’égalitarisme, le multiculturalisme, de remettre en cause le modèle républicain, nos valeurs, notre histoire et notre culture, bref de démotiver, de stigmatiser et d’isoler les jeunes générations, nous les avons persuadées d’une absence de futur, convaincu que seul le présent et la jouissance immédiate valaient la peine d’être investis !

Et bien, nous les aînés avons fait fausse route !

Nous avons voulu croire que nos enfants seraient structurés par des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et d’universalité sans que nous leur en montrions l’exemple.

C’est raté ! Nos jeunes ne sont pas dépendants de la société de consommation, ils s’en servent. Ils n’ont pas peur de la mondialisation car ils veulent prendre leur part de la globalisation. 

Ils aspirent plus que nous à la liberté de pensée, à la générosité. Leur approche des problèmes est affective, émotionnelle et empathique.

Les jeunes, intuitivement le plus souvent, ne se laissent pas endormir par le système, bloquer dans les impasses des crispations identitaires, communautaristes ou corporatistes.

Ils revendiquent et affirment des valeurs morales et éthiques, adhèrent au débat d’idée, à la responsabilité. Ils souhaitent un changement rapide et en profondeur. Pour cela, ils habitent l’espace et la vitesse, des lieux de vie, mais ils ne savent plus habiter le temps, leur histoire, et leurs aînés renoncent à leur apprendre.

Ensemble, nous célébrons le monde multiculturel, mais c’est entre les générations que le fossé c’est creusé, que les ponts et les passerelles ont été détruites. Le temps quand a lui n’a plus de raison d’être.

La vraie question qui se pose à leurs aînés, est de savoir s’ils veulent s’opposer ou accompagner ce changement, c'est-à-dire quel héritage ils souhaitent, veulent ou peuvent transmettre à leurs enfants.

Concrètement, comment renouer ce lien intergénérationnel qui s’effiloche d’année en année ?

Il n’est plus temps de se livrer à un exposé des valeurs et des bonnes consciences, mais passer de la compassion à l’action concrète.

Les enjeux sociaux comme le pouvoir d’achat, le travail, la violence sociale, l’autorité etc. sont des conséquences. Elles tiennent à une nouvelle communication organisationnelle et intergénérationnelle.

Les représentations, collectives, les croyances, les valeurs, la morale déterminent pour l’essentiel le développement économique, social, culturel  car il n’y a pas de système social qui repose uniquement sur des choix technologiques ou de gestion.

C’est sur ce terrain là que va se jouer l’avenir de nos enfants, remettre l’homme au centre du débat, réinjecter de la vie, de la conscience, de la justice sociale dans la globalisation.

Pour ma part, je considère que sur le plan méthodologique, rassembler les jeunes et les aînés sur un projet social qui met en valeur leurs compétences, leur complémentarité et leurs aspirations est la réponse la plus appropriée à ces problématiques. En effet :

Toutes les activités intellectuelles diminuent avec l’âge et ce, de manière continue à partir de 25- 30 ans. Les chutes de performances les plus importantes surviennent à 70 ans puis à 90 ans.

Globalement la mémoire décline donc avec l’âge.

En revanche, la mémoire déclarative (nos connaissances), la mémoire procédurale (nos savoir faire) la mémoire rétrospective (les évènements passés), la mémoire prospective (les évènements à venir) ne se détériorent pas de la même manière, les processus d’encodage et de récupération peuvent être grandement améliorés par la fabrication d’images mentales à partir de la mémoire rétrospective (évènements passés).

Plus l’information nouvelle est traitée profondément, plus il est facile de la rappeler ultérieurement.

C’est la raison pour laquelle les projets, concernant les jeunes et les aînés, axés sur un travail de mémoire et sur l’actualité des « problématiques » jeunes, sont déterminants pour la santé des aînés, le dialogue intergénérationnel et la transmission des codes, des valeurs et des conduites sociales qui déterminent notre société.

La mémoire autobiographique (les évènements qui nous sont arrivés dans notre vie personnelle) déclinent moins que la mémoire épisodique (les connaissances et les habiletés cognitives)

Les projets que les jeunes et les aînés réalisent ensemble permettent de prendre des décisions communes efficaces.

D’une part, les aînés ont des difficultés à mettre en œuvre des informations nouvelles alors que les jeunes n’ont aucune difficulté à raisonner sur un problème nouveau, à gérer la résolution des problèmes quotidiens et à maîtriser les nouvelles technologies.

D’autre part, les jeunes ont de la difficulté à tirer partie des informations qu’ils n’ont pas personnellement mémorisés, pas plus qu’ils ne savent gérer, sans apprentissage cognitif, leur vie émotionnelle et affective par le contrôle des émotions.

Aux deux parties il est essentiel de permettre l’acquisition et le maintien de compétences essentielles comme : la rapidité du traitement de l’information, de l’inhibition collective (ne pas prêter attention à des informations non pertinentes) et la capacité à rester concentré (attention focalisée)

Pour conclure, je dirai que l’avenir des jeunes et des aînés dépend non seulement de la reconnaissance de leur complémentarité,  mais de notre capacité à miser sur la plasticité du système nerveux central et donc de la cognition, car contrairement à nos anciennes croyances, la cognition reste plastique du début à la fin de la vie.

Mai 2006

Francis NERI

Educateur, formateur.         

Bibliographie :

Psychologie du vieillissement. Une perspective cognitive, De Boeck, 2005 de Patrick Lemaire et Delphine Gandini.

Du désir au plaisir de changer : Françoise Kourilsky, Dunod

La nouvelle communication : Grégory Bateson, Le seuil

Sur l’interaction : Palo Alto, Paul Watzlawick, Le seuil

 

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