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13/04/2008

Communication thérapeutique

La psychanalyse et plus généralement la psychologie avaient  pris une place de plus en plus importante en matière de psychothérapie et de clinique sociale. Les pratiques psychanalytiques ne font actuellement plus vraiment école et leur influence est en déclin dans bien des secteurs de l’activité humaines au profit d’autres pratiques qui semblent plus appropriées.

En parlant avec des psychanalystes, j’ai toujours eu  le sentiment que l’enjeu était de méconnaître les responsabilités ou de s’en disculper, le sujet n’est pas responsable, c’est l’autre qui est la cause de ses problèmes. L’enfer c’est encore et toujours les autres. Il faut prendre Sartre au sérieux lorsqu’il l’affirmait

Bref, à mon sens, si les nouvelles psychologies ne rejettent pas la psychanalyse, elles l’englobent vers un nouveau niveau de complexité

Aussi, je ne crois pas qu’il soit forcément accablant d’essayer, non de trouver une cause aux symptômes de notre mal de vivre, de la déstructuration du lien social, mais de démêler les nœuds de notre propre passé, le collectif comme l’individuel  et de ce qui a pu dévier dans notre relation au monde et aux autres

C’est parfois peu de choses et la  dépression  par quoi souvent tout commence n’est pas évidente à percevoir quand on est pris dans le tourbillon de l’existence et dans le piège de l’identité.

Il y a rarement de répit dans les blessures narcissiques constantes qu’inflige le regard des autres; regards des aînés vers les jeunes et vice versa, regards du riche au pauvre et du pauvre au riche etc.  

La psychanalyse, en matière de traitement des psychoses et de « clinique sociale », après un long âge d’or a maintenant mauvaise presse, entre autres parce que ses résultats ne sont pas évaluables, mais il faut reconnaître qu’elle est l’un des rares lieux où la parole et l’écoute sont encore possibles en dehors des églises, des communautés et des groupements sectaires qui avaient longtemps abandonné le terrain de l’écoute et de la compassion mais qui semblent le réinvestir.

Le tout est de savoir de quelle parole il s’agit, qui la conduit, comment, pour quelles raisons, quel est son coût et à qui elle est destinée ?  

Pour quelles raisons par exemple les jeunes adolescents en particulier  ceux qui vivent dans « les difficultés» ne pourraient pas connaître cette détresse familière aux adultes et trouver les moyens d’y mettre fin? Et s’il y a dépression, comment influe-t-elle sur leur  développement d’êtres humains ?

Quels moyens ont-ils de recourir à l’aide des autres sinon au sein de leur communauté restreinte ? Comment peuvent ils apprendre à se faire connaître et reconnaître autrement qu’à partir de clichés, d’attitudes et de comportements hostiles ?

Comme toujours, réfléchir sur la manière dont la société envisage la « déviance » aujourd’hui permet de mesurer la manière dont elle conçoit la « normalité »

Le problème c’est que nous vivons tous des temporalités, des contextes qui sont différents. Les jeunes et les aînés par exemple occupent un même espace, mais leur temporalité n’est pas la même. Comment faire alors pour qu’ils se rencontrent et fassent des choses ensemble ?

Le désengagement de l’Etat a des conséquences terribles, et cela ne fait que commencer, il semblerait que les caisses de la solidarité institutionnelle sont vides. Outre l’indigence des réponses, ce qui frappe c’est notre impuissance, due à la pauvreté des moyens humains, faute d’avoir des personnes disponibles et bénévoles pour soulager les crises et mettre des mots sur la colère, c’est-à-dire reconstruire un lien.

Je ne fais pas un procès contre les institutions et associations ni contre le recul du bénévolat qui est une conséquence de la montée en puissance des « professionnels ». Je comprends bien qu’elles ne peuvent répondre à toutes les attentes, mais pour soigner les maladies du lien social, on peut difficilement faire l’économie de la relation à autrui, donc de personnes pour conduire cette relation.

Or toutes les associations  réclament plus de moyens en particulier financiers pour leurs animations, au détriment souvent de l’écoute, de l’accompagnement etc. Mais quel que soit leur projet, les crédits pour employer plus de permanents sont supprimés.

Quand on discute avec des jeunes qui ont connu un parcours difficile, un sur deux est devenu éducateur, avec un parcours de formation plus ou moins chaotique, à l’exemple de certains « grands frères ». Ils sont la plupart du temps sans emploi, bien que les associations aient un besoin vital d’eux. Le problème c’est également que ces associations ont très souvent oubliées ce qu’était le bénévolat et l’on voit bien là les limites de la professionnalisation de ces structures.

Malgré le peu de formation, de ces  jeunes éducateurs et malgré leurs prises de position trop souvent idéologiques et contestataires, ils se révèlent des interlocuteurs précieux, à condition que la relation s’inscrive dans la durée et qu’eux aussi trouvent leur place.

La vie des parents de ces enfants souffrant d’inégalités et d’exclusion est faite de bricolage. On a donc besoin des associations qui sortent les enfants de chez eux, leur font participer à des animations, des accompagnements scolaires, etc  Or, beaucoup de ces « animations » disparaissent faute de moyens. Ne reste que le béton, la rue et le tête-à-tête constant des enfants au sein de familles souvent monoparentales, contexte redoutable autant pour les individus que pour la pérennité de l’ensemble social.

Concrètement, les associations ne fonctionnent que grâce aux différents dispositifs, aux subventions diverses, aux contrats aidés.

Les caisses étant vides et les priorités ailleurs,  il serait vain d’espérer, quelle que soit la bonne volonté des pouvoirs public une amélioration de leurs soutien financier et matériel.

Les associations doivent faire leur révolution. Il leur appartient de se substituer à un  assistanat qui a montré ses limites, se regrouper, mutualiser moyens et pratiques, se mettre en mouvement comme par le passé pour financer eux-mêmes leurs projets.

La liberté qu’elles revendiquent haut et fort, quel que soit le mode de gouvernance des institutions ne peut, si elles veulent continuer à bénéficier d’argent public, faire l’impasse sur la clarté de leur gestion, la reconnaissance de leur « utilité sociale » et le contrôle de l’évaluation. Défendre la nécessité de reconnaître la liberté de création et d’initiatives c’est bien, se fixer des priorités au mieux des intérêts premiers des citoyens c’est mieux si on sollicite pour cela leur solidarité financière parfois au-delà du raisonnable.

Bref, si la société civile veut continuer à exister au travers de ses associations qui ont pour objectif l’action sociale et culturelle, et je ne fais pas état des associations par exemple sportives qui n’ont encore pas trop de problèmes de participation bénévoles, elles devront reconsidérer la place de leurs « professionnels », celle de leurs bénévoles et chercher à renforcer leurs liens gagnants/gagnants avec les pouvoirs publics, solliciter le portage politique indépendamment de leurs opinions et engagements avec tel ou tel courant sociologique, psychologique, cultel ou culturel.

Elles devront aussi apprendre à réguler leurs projets en fonction des subventions qu’il sera possible de leur accorder et à rechercher elles mêmes les moyens de faire face à leurs ambitions.

Le changement est là, les réformes aussi probablement. La société civile et ses associations comme tout le monde doivent s’adapter et évoluer.

Francis NERI

Forum Avril 2008

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