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11/10/2016

L’homme sans contexte.

L'État islamique se nourrit du vide spirituel occidental si bien décrit par Soljenitsyne en son temps. Dans un numéro du magazine de propagande de l'État islamique en français, Dar-al Islam, on pouvait lire ce passage sidérant: «Ce pays faible (la France), en pleine crise économique et morale dont le peuple est abruti par les divertissements, où la presse people est plus lue que la presse politique, déclare la guerre à un État (l'État islamique) où chaque habitant est un combattant en puissance ayant suivi un entraînement militaire et faisant la guerre pour sa foi, espérant le paradis éternel s'il est tué».

Le problème de cette description de notre société dans les opuscules islamistes est qu’elle est partiellement vraie. Nous sommes devenus sur plus d’un point des décadents, mus par le seul intérêt égoïste dont le travestissement de la pensée libérale a fait la source de tout bienfait (« les vices privés font les vertus publiques »), attachés à notre seul confort et à des ambitions uniquement matérielles ou égotistes.

Face à cela, des fanatiques formés à se penser comme des combattants et prêts à aller jusqu’au sacrifice suprême pour ce qu’ils défendent ont toutes leurs chances. Nous ne parvenons déjà plus à les contenir. Celui qui n’est pas prêt à engager sa propre vie pour les valeurs dans lesquelles il croit se repose sur des dispositifs trop lourds, trop lents, parce qu’ils dédouanent chaque citoyen de sa responsabilité.

L’on peut trouver choquant que j’en appelle ainsi à une forme de glorification de l’esprit guerrier, qui est aussi celui des fanatiques. Mais précisément, une civilisation qui laisse aux seuls extrémistes et fanatiques le monopole de l’esprit guerrier est vouée à la disparition. Toute grande civilisation a su à un moment ou à un autre penser la question de l’usage légitime de la force et de son usage illégitime. Sans Léonidas et Thémistocle, Socrate, Phidias et Périclès n’auraient jamais vu le jour. 

L’on ne peut donc se contenter de l’évacuation simpliste et quelque peu bien-pensante de toute violence : il nous faut penser à nouveau le rapport à l’autorité et au droit d’employer la force. En sachant que celui qui engage le combat doit être bien conscient que cela peut impliquer d’aller jusqu’à ses conséquences ultimes, la mort de l’adversaire ou de soi-même, et qu’il ne sera plus temps de rebrousser chemin une fois engagé.

Extrait de « La dignité du hoplite »

Marc Rameaux

11 10 16