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société bisounours

  • L'animal non-humain et la société schizophrène.

    Bonjour à tous,

     En réponse à ma dernière chronique Gérard m'a fait parvenir ce texte. Il est intéressant à plusieurs titres, que je ne vais pas développer ici. Il en est pourtant un qui m'interpelle de plus en plus : c'est celui de la société « Bisounours ». Je ne sais plus d'où vient l'expression, mais elle me plait bien car elle est juste à mon sens.

    La société bisounours, c'est celle des bons sentiments, mais nous avons compris avec la crise écosystémique que finalement rien ne se faisait avec de bons sentiments et en particulier l'économie et la sauvegarde de l'environnement.

    C'est en tout cas une information qu'il me semble urgent de communiquer et de rappeler, car si nous comptons sur l'éthique et les bons sentiments, sur l'idée que l'essentiel est de pratiquer « l'auto régulation », de moraliser les acteurs économiques sociaux ou culturels, de punir les méchants banquiers et de récompenser les gentils entrepreneurs, les écologistes vertueux et les politiciens honnêtes, nous nous exposons à de cinglants déboires.

    L'écologie radicale n'est-elle faite que de bons sentiments ? Je vous laisse le soin d'en juger !

     L'animal non-humain et la société schizophrène.

    Une minorité de contemporains nourrit une approche rationnelle de l'animal non-humain, approche empathique, pour les uns, approche négationniste, pour les autres : d'une part, 5%  d'écologistes éthiques se définissant, selon leur style littéraire, biocentristes, véganistes, anti-spécistes, écologistes radicaux autres : d'autre part, 5% d'adeptes de l'animal machine, chasseurs, amateurs de tauromachie, tortionnaires en tous genres.

    Cela ne fait jamais que 10% de la population.

    Pour 90% des « braves gens », l'incohérence règne dans cette zone floue de l'Histoire, entre une société qui disparaît et un monde nouveau non encore advenu.

    Le contemporain modal caresse son chat et son chien qu'il fait soigner amoureusement et avec lequel il tisse un lien affectif fort. Ce citoyen ne saurait tolérer un acte de cruauté et même de simple violence contre un animal de compagnie ou un beau cheval. Il serait offusqué par les scènes de brutalité que les conducteurs de fiacres des siècles passés infligeaient à leurs bêtes.

    Ce citoyen ne pourrait plus égorger le mouton et le porc et l'horreur des abattoirs doit lui être dissimulée pour ne point troubler sa conscience et effrayer ses enfants.

    Mais, achetés au super-marché, la viande de l'élevage industriel et les œufs de poules en batteries, voire le foie gras et le « gibier », ne le rebutent nullement.

    Il y a loin entre l'enfer concentrationnaire de l'élevage, le sang de l'abattage, l'effroi de la bête qui va mourir et le consommateur propre sur lui et tranquille dans son émotion épargnée.

    Il sait, bien sûr, mais préfère ne plus y penser.

    Le citoyen basique s'interposerait s'il voyait un chien se faire battre à mort dans la rue mais il se résigne bien vite à ce que perdurent chasse et corridas, qu'il n'aime pas, mais qu'il tolère pour ne pas s'attirer la malveillance des adeptes de ces loisirs pas très délicats.

    Le citoyen basique est schizophrène face à l'animal non-humain.

    Il a intégré que l'animal est un être sensible, que chaque individu d'une espèce possède sa personnalité, que l'animal n'est pas une chose mobile et il adapte son comportement en lumière de cet acquis éthique.

    Mais, par commodité, par habitude, par conformisme social, par lâcheté ordinaire, il ne s'insurge pas encore contre les actes de cruauté que perpétue la minorité des tortionnaires, ceux qui considèrent la bête comme une marchandise ou un objet de défoulement pulsionnel de violence.

    Cette schizophrénie du corps social se traduit dans les lois et règlements.

    Le droit protège désormais l'animal et la plupart des législations et constitutions proclament son caractère sensible et le respect qui lui est dû à ce titre.

    Le fait d'exercer des sévices contre un animal de compagnie sera puni mais les lois ignorent l'animal sauvage qui ne bénéficie d'une protection que via son espèce lorsqu'elle disparaît.

    Le chien est un être sensible : très bien. Mais, le renard, ne l'est pas !

    C'est que le droit reflète les incohérences d'une société et le jeu des groupes de pressions contraires.

    Ne serait-il pas temps de guérir et d'entrer en cohérence.

    Puisque l'animal non-humain éprouve la souffrance qui doit lui être épargnée  et le bien-être auquel il a droit, il convient d'harmoniser son statut tant en éthique qu'en législation.

    Cessons de protéger la sensibilité de l'homme atteint dans sa quiétude par des spectacles cruels et dégradants pour accéder à une protection de l'animal non-humain pour ce qu'il est : un être sensible.

    La première étape sur cette voie passe par l'abolition des modes ludiques d'agressions contre le vivant : chasse, tauromachie, jeux divers impliquant des animaux.

    Dans un second temps, la société plus responsable, plus éclairée, s'élèvera à une réconciliation avec le vivant à laquelle, à ce jour, sont parvenus les meilleurs des humains.

    La schizophrénie est une psychose lourde exigeant un traitement à long cours.

    Puisque nous allons loin, mettons-nous en chemin immédiatement et parlons fort et clair à nos contemporains sans pusillanimité comme sans outrance.

    L'essentiel est de marcher vers une société sans cruauté.

    Chasse et torture tauromachique ont pour causes la tradition, pour fondement l'ignorance de ce qu'est un être vivant doté d'un système nerveux, pour moyen la pression politique, pour complice la lâcheté des planqués du juste milieu, pour buts la perpétuation de la cruauté primaire, pour effet la banalisation de la violence et pour devenir l'abolition.

    Gérard  CHAROLLOIS