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28/04/2008

Ouvrir l’école à la ville

Un des objectifs majeurs de l’IESE est de promouvoir l’acte éducatif et socialisant dans sa globalité, soutenir la cohérence des initiatives, la mutualisation des pratiques et des moyens (objectif plateforme). Pendant les 7 longues années où la précédente municipalité s’est exercée à « la politique éducative et sociale » et même bien avant, nous n’avons eu de cesse de proclamer notre inquiétude devant l’inefficacité des méthodes et des moyens employés à la mise en œuvre de cette politique.

J’ai exhumé du fin fond de mon ordinateur le texte de mon intervention à une table ronde intitulée : « Ouvrir l’école à la ville »

Après examen, j’ai décidé qu’il n’y avait pas grand-chose à changer à son contenu. Je vais donc m’empresser de l’adresser aux opérateurs actuels de la Ville et de la CUS, au Rectorat etc.

Je suis très attaché au changement et par conséquence j’attends comme vous le changement de pratiques sociales en particulier au sein de la nouvelle municipalité et CUS. Je suis sans inquiétude, les lignes vont bouger ! Sauf que je disais exactement la même chose il y a 7 ans !

Je vous tiendrai au courant !

Table ronde « école, université, recherche »

Ouvrir l'école à la ville

Je remercie les organisateurs qui m’ont  permis d’intervenir dans ce débat qui m’en rappelle un autre où j’exerçai mes « talents » d’animateur : le fameux Débat sur l’Ecole de Jules Ferry. Je parle bien évidement du Jules FERRY de 2004.

A la lecture des thématiques proposées dans cette table ronde, j’ai retrouvé l’essentiel des sujets de débats proposés à l’époque. Doit-on considérer que le temps passe et que rien ne bouge ? Je ne pense pas. En qualité d’éducateur et de formateur, de Président de l’Institut Européen de Socialisation et d’Education, je suis profondément impliqué dans les problématiques scolaires, péri et extra scolaires et j’ai constaté quelques changements.  

De  nouveaux sigles sont apparus, en particulier dans le paysage de l'éducation prioritaire : les REP (réseaux d'éducation prioritaire). Ce dispositif vise à une meilleure efficacité pédagogique, en intégrant un plus grand nombre d'établissements à la politique de l'éducation prioritaire. « Les ZEP concernaient des zones géographiques parfois très larges, d'où des fonctionnements lourds. Avec les REP, il s'agit de redonner à ces territoires une dimension humaine, et de nuancer les degrés de difficulté rencontrés par les établissements ». Si tous les établissements situés en ZEP font partie d'un réseau, d'autres, confrontés à des situations un peu moins difficiles ne sont classés qu'en REP.

Chaque réseau doit s'appuyer sur un contrat de réussite. Celui-ci insiste notamment sur la nécessité d'articuler temps scolaire et périscolaire. C'est pourquoi, le programme de relance de l'éducation prioritaire insiste sur le principe de l'implication de l'Éducation nationale dans la politique de la ville. « Des partenariats d'actions se mettent en place mais méritent d'être développés. L'acte éducatif doit être appréhendé dans sa globalité, en évitant une rupture entre ce qui se passe dans et hors l'école ».

Au croisement de l'éducation prioritaire et de la politique de la ville : le coordonnateur  Il est un lien entre l'école, l'éducation nationale et la vie des quartiers. En tant que coordonnateur, il est chargé de  participer à des réunions avec des associations engagées dans des actions éducatives périscolaires, pour soutenir la mise en cohérence des initiatives. Au début, ce n'est pas facile, souvent les acteurs de terrain n'ont  pas les mêmes disponibilités. Quand les enseignants n'ont plus les enfants en charge, les intervenants des actions périscolaires sont pris, et inversement. Finalement certains  réussissent à mettre en place un certain nombre de projets ensemble, qui ont permis de mieux se connaître et de faire le lien entre temps scolaire et périscolaire ». Le rôle de coordonnateur devrait être aussi, de faciliter la mise en relation entre enseignants et associations. « L'échange entre éducateurs, bénévoles et enseignants n'est pas toujours simple mais il est très riche. Il permet de confronter des regards différents, complémentaires concernant les enfants ».

.  Les contrats éducatifs locaux : repris dans le cadre du Plan de Cohésion Sociale, ils marquent la volonté des acteurs de mettre en œuvre un dispositif global d'éducation sur les villes, associant les structures éducatives, culturelles, les centres sociaux et de loisirs… Dans ce cadre, le lien entre l'action culturelle, éducative et socialisante d'une ville et l'école est primordial pour faciliter l'accès aux équipements (bibliothèques, écoles de musique, associations sportives…).

.  L'éducation à la citoyenneté : dans certains établissements, des fonctionnements et des dispositions nouvelles s'expérimentent pour la renforcer. « Des conseils d'enfants ou de collégiens réfléchissent, traitent des questions de la vie scolaire de tous les jours et prennent des responsabilités.

Des jeunes établissent en concertation avec les adultes, les règlements de vie dans l'établissement. Des formations des délégués de classe sont aussi mises en place ».

.  La participation aux actions de prévention de la délinquance : « L'Éducation nationale a des choses à dire à la Protection judiciaire de la jeunesse, aux policiers municipaux, aux éducateurs des associations, mais elle a aussi des choses à entendre, encore faut-il pour cela se rencontrer, échanger et s'enrichir mutuellement.  Faire  venir les fonctionnaires de la Police Municipale dans son école  pour travailler avec les enfants, participer au Conseil communal de prévention de la délinquance (CCPD), aux groupes d'élaboration des Contrats locaux de sécurité, aux CAP (Conseil d’Animation et de Prévention), aux Conseils de Quartier.                                   

.   La modification des relations entre les trois pôles de l’éducation : Actuellement, des transformations modifient la répartition des responsabilités entre les différents acteurs de l’éducation, ainsi de ce que les uns attendent des autres. Les malentendus ont tendance à s’estomper rapidement.

Il s’agit de créer des convergences entre les différents acteurs de la vie des enfants, pour l’essentiel : la famille, l’école et le secteur associatif  qui prend enfin le relais de la rue.

Globalement, ces trois pôles ont tendance à s’organiser  autour d’une fonction principale, d’un rôle et d’une tache à remplir : l’enseignement pour l’école, la socialisation pour le secteur associatif et la rue, la filiation pour la famille. (Voir C.E.L.)

La question qui se pose est de savoir si l’école n’a pas aussi une mission de socialisation, la famille et  le secteur associatif une fonction d’enseignement et comment si c’est le cas établir une cohérence, un plan d’action et des projets de cohésion sociale à conduire ensemble ? 

. Action publique et initiatives locales : Nos repères traditionnels ont été particulièrement ébranlés ces dernières années. Droits, devoirs, famille, nation, universalité des valeurs etc. Est alors apparu un sentiment d’impuissance et de culpabilité collective.  Un sursaut éducatif et socialisant nous apparaît comme indispensable et urgent, ainsi qu’un recentrage sur ces fameuses valeurs universelles, revisitées à l’aune de la mondialisation et qu’il nous faut promouvoir

Le travail en partenariat est devenu une nécessité quotidienne absolu ne serait ce que pour regrouper des moyens éducatifs qui se raréfient.

Regrouper des acteurs appartenant à des institutions différentes, avec des rôles et des statuts différents, intervenant sur un même territoire, auprès du même public, permet de relier des mondes qui habituellement s’ignorent. Là est notre meilleure chance et, même si de grands progrès restent à faire sur le plans des concepts à finaliser, des méthodes à élaborer, des financements à rentabiliser, je suis convaincu que l'éducation, la socialisation,  la prévention sont des facteur déterminants de lutte contre l'exclusion et d'insertion. Il est important d’identifier, de valoriser et mutualiser les expériences et pratiques positives pour nourrir les projets et donner envie d’agir ensemble. L'école, les collectivités locales, les institutions décentralisées, doivent avoir à ce sujet une position forte, incitative, motrice. Nous espérons tous qu’il en sera ainsi.

Merci de votre attention.

Francis NERI

24 02 06

13/04/2008

Communication thérapeutique

La psychanalyse et plus généralement la psychologie avaient  pris une place de plus en plus importante en matière de psychothérapie et de clinique sociale. Les pratiques psychanalytiques ne font actuellement plus vraiment école et leur influence est en déclin dans bien des secteurs de l’activité humaines au profit d’autres pratiques qui semblent plus appropriées.

En parlant avec des psychanalystes, j’ai toujours eu  le sentiment que l’enjeu était de méconnaître les responsabilités ou de s’en disculper, le sujet n’est pas responsable, c’est l’autre qui est la cause de ses problèmes. L’enfer c’est encore et toujours les autres. Il faut prendre Sartre au sérieux lorsqu’il l’affirmait

Bref, à mon sens, si les nouvelles psychologies ne rejettent pas la psychanalyse, elles l’englobent vers un nouveau niveau de complexité

Aussi, je ne crois pas qu’il soit forcément accablant d’essayer, non de trouver une cause aux symptômes de notre mal de vivre, de la déstructuration du lien social, mais de démêler les nœuds de notre propre passé, le collectif comme l’individuel  et de ce qui a pu dévier dans notre relation au monde et aux autres

C’est parfois peu de choses et la  dépression  par quoi souvent tout commence n’est pas évidente à percevoir quand on est pris dans le tourbillon de l’existence et dans le piège de l’identité.

Il y a rarement de répit dans les blessures narcissiques constantes qu’inflige le regard des autres; regards des aînés vers les jeunes et vice versa, regards du riche au pauvre et du pauvre au riche etc.  

La psychanalyse, en matière de traitement des psychoses et de « clinique sociale », après un long âge d’or a maintenant mauvaise presse, entre autres parce que ses résultats ne sont pas évaluables, mais il faut reconnaître qu’elle est l’un des rares lieux où la parole et l’écoute sont encore possibles en dehors des églises, des communautés et des groupements sectaires qui avaient longtemps abandonné le terrain de l’écoute et de la compassion mais qui semblent le réinvestir.

Le tout est de savoir de quelle parole il s’agit, qui la conduit, comment, pour quelles raisons, quel est son coût et à qui elle est destinée ?  

Pour quelles raisons par exemple les jeunes adolescents en particulier  ceux qui vivent dans « les difficultés» ne pourraient pas connaître cette détresse familière aux adultes et trouver les moyens d’y mettre fin? Et s’il y a dépression, comment influe-t-elle sur leur  développement d’êtres humains ?

Quels moyens ont-ils de recourir à l’aide des autres sinon au sein de leur communauté restreinte ? Comment peuvent ils apprendre à se faire connaître et reconnaître autrement qu’à partir de clichés, d’attitudes et de comportements hostiles ?

Comme toujours, réfléchir sur la manière dont la société envisage la « déviance » aujourd’hui permet de mesurer la manière dont elle conçoit la « normalité »

Le problème c’est que nous vivons tous des temporalités, des contextes qui sont différents. Les jeunes et les aînés par exemple occupent un même espace, mais leur temporalité n’est pas la même. Comment faire alors pour qu’ils se rencontrent et fassent des choses ensemble ?

Le désengagement de l’Etat a des conséquences terribles, et cela ne fait que commencer, il semblerait que les caisses de la solidarité institutionnelle sont vides. Outre l’indigence des réponses, ce qui frappe c’est notre impuissance, due à la pauvreté des moyens humains, faute d’avoir des personnes disponibles et bénévoles pour soulager les crises et mettre des mots sur la colère, c’est-à-dire reconstruire un lien.

Je ne fais pas un procès contre les institutions et associations ni contre le recul du bénévolat qui est une conséquence de la montée en puissance des « professionnels ». Je comprends bien qu’elles ne peuvent répondre à toutes les attentes, mais pour soigner les maladies du lien social, on peut difficilement faire l’économie de la relation à autrui, donc de personnes pour conduire cette relation.

Or toutes les associations  réclament plus de moyens en particulier financiers pour leurs animations, au détriment souvent de l’écoute, de l’accompagnement etc. Mais quel que soit leur projet, les crédits pour employer plus de permanents sont supprimés.

Quand on discute avec des jeunes qui ont connu un parcours difficile, un sur deux est devenu éducateur, avec un parcours de formation plus ou moins chaotique, à l’exemple de certains « grands frères ». Ils sont la plupart du temps sans emploi, bien que les associations aient un besoin vital d’eux. Le problème c’est également que ces associations ont très souvent oubliées ce qu’était le bénévolat et l’on voit bien là les limites de la professionnalisation de ces structures.

Malgré le peu de formation, de ces  jeunes éducateurs et malgré leurs prises de position trop souvent idéologiques et contestataires, ils se révèlent des interlocuteurs précieux, à condition que la relation s’inscrive dans la durée et qu’eux aussi trouvent leur place.

La vie des parents de ces enfants souffrant d’inégalités et d’exclusion est faite de bricolage. On a donc besoin des associations qui sortent les enfants de chez eux, leur font participer à des animations, des accompagnements scolaires, etc  Or, beaucoup de ces « animations » disparaissent faute de moyens. Ne reste que le béton, la rue et le tête-à-tête constant des enfants au sein de familles souvent monoparentales, contexte redoutable autant pour les individus que pour la pérennité de l’ensemble social.

Concrètement, les associations ne fonctionnent que grâce aux différents dispositifs, aux subventions diverses, aux contrats aidés.

Les caisses étant vides et les priorités ailleurs,  il serait vain d’espérer, quelle que soit la bonne volonté des pouvoirs public une amélioration de leurs soutien financier et matériel.

Les associations doivent faire leur révolution. Il leur appartient de se substituer à un  assistanat qui a montré ses limites, se regrouper, mutualiser moyens et pratiques, se mettre en mouvement comme par le passé pour financer eux-mêmes leurs projets.

La liberté qu’elles revendiquent haut et fort, quel que soit le mode de gouvernance des institutions ne peut, si elles veulent continuer à bénéficier d’argent public, faire l’impasse sur la clarté de leur gestion, la reconnaissance de leur « utilité sociale » et le contrôle de l’évaluation. Défendre la nécessité de reconnaître la liberté de création et d’initiatives c’est bien, se fixer des priorités au mieux des intérêts premiers des citoyens c’est mieux si on sollicite pour cela leur solidarité financière parfois au-delà du raisonnable.

Bref, si la société civile veut continuer à exister au travers de ses associations qui ont pour objectif l’action sociale et culturelle, et je ne fais pas état des associations par exemple sportives qui n’ont encore pas trop de problèmes de participation bénévoles, elles devront reconsidérer la place de leurs « professionnels », celle de leurs bénévoles et chercher à renforcer leurs liens gagnants/gagnants avec les pouvoirs publics, solliciter le portage politique indépendamment de leurs opinions et engagements avec tel ou tel courant sociologique, psychologique, cultel ou culturel.

Elles devront aussi apprendre à réguler leurs projets en fonction des subventions qu’il sera possible de leur accorder et à rechercher elles mêmes les moyens de faire face à leurs ambitions.

Le changement est là, les réformes aussi probablement. La société civile et ses associations comme tout le monde doivent s’adapter et évoluer.

Francis NERI

Forum Avril 2008

10/04/2008

Nos coopérations

Comment mesurer la teneur des coopérations que permettent pour l’instant les outils de la communication (le net, les réseaux sociaux  par exemple). La plupart d’entre elles sont dites “faibles.”

C’est-à-dire qu’elles sont le produit de productions individuelles publiques, sans plan d’action, coopération ou motivation altruiste préalable. “L’espace public est vu comme une opportunité pour se rendre visible, et permet d’élaborer des relations et des coopérations à différents niveaux d’engagements”.

Le Web, une coopération qui peut fonctionner à très large échelle parce que, précisément, elle n’est pas demandée, construite, consciente. Une coopération qui peut fonctionner car elle mêle des utilisateurs aux pratiques parfois très différentes, ce qui est plus problématique dans la vie réelle: la mutualisation des pratiques sociales par exemple.

Cela ne veut pas dire que ces coopérations ne sont pas importantes ou qu’agrégées elles ne représentent pas une force imposante, au contraire.

Le problème de nos coopérations faibles virtuelles ou pas est qu’elles restent faibles justement, distantes, lointaines, impalpables. C’est leur agrégation qui leur donne de la force.

La question est donc de comment agréger ces coopérations, leur donner un sens commun, les rendre fortes, efficaces, utiles à l’individu et à l’ensemble social ?

Les coopérations fortes, correspondent “aux sociabilités courantes et à un ensemble de fonctions et de modalités d’échanges définies qui donnent aux individus le sentiment qu’ils font partie d’une communauté et qu’ils partagent une vision commune”.

Il s’agirait donc de construire « des coopérations organisées entre des participants volontaires » ce qui revient  à redécouvrir les vertus de la socialisation mutuelle et des rôles définis donnant aux membres le sentiment d’appartenir à une communauté et de partager un objectif commun.

En revanche, les coopérations faibles, sur le modèle de la théorie des liens faibles, “nous connectent à des territoires éloignés, ce qui est particulièrement intéressant dans les moments de recherche et d’exploration”, mais peut-être beaucoup moins pertinent dans d’autres moments de nos activités comme quand il s’agit de bâtir ensemble l’action collective.

Le Web 2.0 mobilise avant tout ces formes de coopérations là : des coopérations agglomérées, sans plans de coopération prédéfinis, sans préoccupation altruiste reliant ses membres. Nous sommes dans un espace situé entre l’individualisme et l’action collective.

Comment faire pour que nos “coopérations faibles”  se transforment en mobilisations puissantes et conscientes d’elles-mêmes en faveur d’un objectif collectif, étendant ainsi d’une manière considérable le champ de l’action collective ?

Oui, le réseau permet aussi à des “coopérations fortes” de s’établir (coopérations professionnelles, mobilisations politiques par exemple), de produire de manière efficace, de s’élargir et parfois d’atteindre des échelles inimaginables auparavant. Oui, le réseau permet, par agrégation, à des actes individuels ou des relations à petite échelle, de produire des effets collectifs massifs. Mais y a-t-il une voie de passage entre ces deux constats ?

Quels outils, quelles techniques, quelles pratiques surtout nous aideront à faire progresser le degré de coopération ? Peut-on espérer que nos coopérations faibles deviennent un jour des coopérations fortes ?