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Le systémicien - Page 473

  • Communication et apprentissage

    Pour qui a quelque intérêt à la signification des mots, il apparaît que chacun d’entre nous possède sa propre représentation quant au sens qu’il faut leur donner. C’est sous forme de « schémas » inscrits dés l’enfance qu’est codifiée notre interprétation personnelle et automatique de la réalité[1] Ces schémas précocement acquis contribuent largement à la construction de notre personnalité. Ils nous accompagnent tout au long de notre vie.
    Ils accompagnent également la vie des ensembles sociaux.
    Les troubles de la vie quotidienne résultent le plus souvent d’interprétations inadaptées nous concernant, ou intéressant notre environnement, nos pratiques, notre contexte. Par exemple : notre interprétation des évènements qui peut être négative ou positive.
    Contrairement à ce que prétendait tout récemment un syndicaliste à la télévision concernant le Contrat Première Embauche, le Premier Ministre actuel de la France actuelle ne faisait pas de la communication sur ce projet de loi, tout au plus de la transmission d’information.
    L’information est utile pour permettre le fonctionnement d’un système. Elle est même vitale. Mais la transmission d’une information n’est pas suffisante si l’émetteur n’a pas un « retour » qui lui permette de corriger sa représentation de la réalité du terrain. Ce retour de l’information, cette « rétroaction » permet d’apprécier ce qu’il convient de faire pour modifier un comportement devenu inadapté à un environnement social, économique, culturel en profond changement. Il permet aussi de faire en sorte que l’apprentissage du changement précède le changement lui-même.
    J’ai été frappé par un certain nombre d’évènements au cours de cette sombre période qui a vu se construire l’effondrement d’un premier ministre et la crédibilité d’un Gouvernement. Mais notre attention est sélective vis-à-vis des évènements qui nous concernent et, pour ma part, ce qui m’a profondément troublé, c’est d’une part l’absence totale de part et d’autre de volonté « communicante » et, d’autre part, cette réflexion d’une jeune syndicaliste qui s’estimait satisfaite pour avoir « au moins »   appris à s’exprimer en public.
    On retrouve bien ici ces deux notions essentielles qui sont des « manques sociaux » : les incontournables de la  communication et de l’apprentissage.
    Notre communication est devenue pathologique. Plus personne ne veut communiquer autrement qu’en mode binaire, noir ou blanc, bon ou mauvais, juste ou injuste etc. Plus personne ne veut accepter d’échanger ses points de vue avant d’agir. Plus personne encore ne veut se souvenir, et nos enseignants probablement aussi, que l’apprentissage consiste à revisiter en permanence ses propres schémas et à les remplacer par des plus adaptés s’ils apparaissent comme périmés ou dangereux pour notre santé mentale ou celle de notre « institution ».
    L’évènement du C.P.E est le parfait exemple d’une communication ratée et d’une rétroaction réussie.
    Il serait également bon de rappeler aux uns et aux autres que l’activation des émotions est une manœuvre délicate, à manier avec énormément de précautions, si l’on veut éviter que l’embrasement irrationnel ne vienne accroître encore nos douleurs individuelles et collectives.
    Strasbourg le 16 avril 2006
    NERI Francis
    Educateur et formateur
    Président de l’Institut Européen de Socialisation et d’Education 



    [1] J.Young La thérapie des schémas

  • L'empathie

    I. Découvrir l’empathie
    L'empathie consiste à se mettre à la place d'autrui, pour au travers des émotions perçues, ressenties, échangées, mieux comprendre nos motivations, nos attitudes, nos comportements et ceux de l’autre. Cette qualité peut s’acquérir, être maîtrisée,  et devrait être appliquée par tous les humains dans leur interaction et cohabitation entre eux. A quand l’apprentissage de l’empathie, et sa maîtrise, dés l’école maternelle ?
    Nous faisons souvent reproche de leurs comportement envers nous à des personnes qui n'ont agit en réalité, que par rapport à un contexte, un environnement, des habitudes, des contraintes. Considérer les choses de leur point de vue peut nous aider à comprendre leurs motivations, ce qui ne nous conduit pas nécessairement à adopter leur point de vue.
    Chacun de nous perçoit son environnement avec ses propres paramètres. Dés l’enfance, tout nous est apprentissage, donc contrainte et nous vivons dans un monde de géants pas toujours sympathiques. C’est là que nous apprenons très vite à codifier les émotions ressenties et à les interpréter.  Les « géants » qui se penchent vers nous  sont  impressionnants et nous sommes souvent apeurés à chaque approche. Nous sommes si petits que nous pouvons avoir le sentiment d’être invisibles et que personne ne fait attention à nous.
    Il n’y a pas que des bons géants et, en effet, nous ne recevons pas tous l’intérêt, l’affection  et la satisfaction des besoins auxquels nous avons droit.
    A force d’avoir le sentiment d'être négligé, bousculé voire agressé  (sentiment réel ou pas) ce qui  ne change rien pour nous), nous pouvons nous couper de notre naturelle empathie et développer une agressivité défensive, c'est à dire que nous refusons nos propres émotions et nous bloquons celles qui en provenance de l’autre représentent pour nous un envahissement et une menace.  Dès que quelqu'un «avance » vers nous, nous bloquons tous nos « récepteurs » et nous refoulons nos propres émotions.
    Nos relations ont vite fait d’interpréter notre réserve et un schéma général d’attitudes et de comportements comme de la froideur, de l’hostilité voire de la méchanceté, alors qu'il s'agit tout simplement d’appréhension, de blocage ou d’absence de maîtrise de son affectivité.
    Lorsque l’on prend  l'habitude de faire plus attention à l’autre, de se mettre quelques instants à sa place de mieux appréhender, comprendre et respecter ses émotions, tout  peut s’arranger pour lui et pour nous. Pour nous effectivement, car rien de tel que de tenter de connaître l’autre dans ses émotions et les raisons de ses comportements pour nous comprendre et nous accepter.
    En tentant de percevoir les choses du point de vue de l’autre et évitant surtout de  projeter, voire de transférer sur lui ses propres modes de fonctionnement  et ses émotions, on saisit mieux les raisons de certaines de leurs attitudes et il est alors possible de changer les nôtres.
    Attention toutefois à ne pas tomber dans le piège de la manipulation des émotions.  Nous pouvons être « dépassés » par notre empathie et pas seulement en  transposant  nos sentiments sur les autres. Essayons de les voir avec leurs yeux et non avec les nôtres mais restons lucides car les émotions sont le domaine privilégié des sectes et des idéologies.
    En notre période de doutes, de rupture du lien social et d’une absence de plus en plus criante de projet et d’in-cohésion sociale, il n’est pas inutile de comprendre et d’apprendre à utiliser l’empathie.
      
    Francis NERI
    Le 2 mars 2006
    Prochaine note : Développer et maîtriser l’empathie

  • Education et savoir être

    Ce qui empêche un individu d’atteindre l’idée qu’il peut se faire de sa propre perfection, c’est les forces antagonistes qui luttent en lui et entre elles.
    Prenons l’exemple du sportif pour lequel il existe des moments privilégiés où les moindres gestes sont juste ce qu’il faut : le nageur avance  plus vite, le tennisman est omniprésent, le coureur de fond inépuisable, etc.
    Il n’y a plus rien en eux de discordant, l’harmonie a remplacé les débauches d’énergie, tension, angoisse, agressivité, ont disparu, place à la joie, au bonheur, enfin  le corps exulte.
    La vraie victoire est là, à portée de main !
    Ceux qui ont exceptionnellement ressenti ces sensations, éprouvé ou reçu cette « illumination » ne souhaitent qu’une chose, que cet état devienne permanent.
    Est-ce possible et pour chacun d’entre nous et pas seulement pour quelques athlètes exceptionnels ou quelques mystiques portés par leurs certitudes ?
    Notre pragmatisme quotidien est-il en mesure de nous conduire vers cet élan encore trop souvent considéré comme conséquence de l’irrationalité ?
    Pourquoi pas, et avant de se prononcer, voyons de plus prés de quoi il peut s’agir.
    Que se passe-t-il en cas d’urgence pour un individu qui se considère dans un environnement, une situation qu’il juge agressifs  et qu’il doit maîtriser ?
    Cet individu pense mieux, plus vite, il élargit son champ de vision et de perception. Il intègre, analyse les facteurs clés de son environnement, mieux, plus vite, ensemble. Il fait la synthèse, choisit, à la vitesse de l’éclair.
    Et tout cela, parce qu’il n’a pas le temps d’être angoissé, d’hésiter, il est brusquement libre de ses blocages, contradictions, préjugés, jugements de valeur. Bref, toute la somme des énergies négatives qui, autrement, le bloquent, le pétrifie et le condamnent à subir.
    Ce que nous réalisons en période de surtension, pouvons nous le déclencher volontairement et l’interrompre à volonté afin de ne pas épuiser notre organisme dans l’usage inconsidéré de ce qui pourrait s’assimiler à une drogue, puisque s’établirait alors une véritable dépendance, des conduites addictives, et l’on sait où conduisent les dépendances, en matière sportive, religieuse, sociales etc.
    La solution serait de développer des réflexes conditionnés positifs pour parvenir à cet état, sans crise, ni urgence vraie. Le cerveau fonctionne ainsi ! Les synapses, c’est à dire et pour simplifier, les liaisons neuronales se positionnent en un chemin tout tracé lorsque l’on répète sans cesse un exercice, c’est la dure loi de l’apprentissage !
    Rester conscient et manœuvrant en toutes circonstances consiste à développer des réflexes conditionnés physiques et mentaux positifs, laissant le cerveau et le corps disponibles pour créer des nouvelles structures qui permettent l’accès à d’autres niveaux d’organisation toujours plus complexes caractérisant l’évolution
    L’homme intégré, acteur et socialement responsable, mais en plus fier et heureux de l’être, est donc possible, encore une fois il semblerait que ce soit  affaire d’éducation, de moyens et de volonté.
    L’individu peut faire plus de choses qu’il ne s’en croit généralement capable, c’est un constat que j’ai souvent fait en matière d’entraînement sportif et ce, quels que soient les niveaux de pratique. Seule l’énergie initiale que je caractérise « d’impulsion première » est nécessaire, qu’elle provienne de sa foi, de ses certitudes,  de ses besoins fondamentaux ou sociaux ! Le reste est affaire d’apprentissage, de technique, de motivation permanente et de temps.
    Tout éducateur ou formateur devrait connaître et maîtriser les bases physiologiques, psychologiques et sociales qui déterminent nos comportements, afin de les inscrire  dans le cadre de pédagogies qui ne se contenteraient pas de transmettre un savoir, mais aussi d’apprendre à s’en servir.
    Dans cet esprit, il lui faudra commencer par établir une communication interpersonnelle qui lui permette de connaître et comprendre un individu dans une relation faisant la synthèse du temps temporel, spatial et culturel spécifiques à la personne concernée. Un état des lieux en quelque sorte,  nécessaire préalable avant la diffusion du message éducatif, socialisant, formateur.
    Par exemple, quelle est son échelle de valeurs ? Son mode de vie ?  Quels sont ses ennemis : insécurité, infériorité, aveuglement, ignorance ?
    Les hommes n’étant que ce qui réside dans leur tête et dans leur cœur, l’éducateur se doit pour comprendre et appréhender, d’être patient et paisible. S’il doit accompagner l’apprenant, il  doit aussi le laisser lutter contre lui même, se vaincre, se reconstruire, pour enfin, accepter l’enseignement.
    Bien sûr, développer une telle stratégie et méthode pédagogique nécessite une grande maîtrise du sujet de la part des formateurs de formateurs. Ces derniers ont de ce fait plus que jamais besoin des chercheurs et des universitaires afin de rendre utilisables ces concepts dans des didactiques, des programmes, des modules, directement utilisables par les éducateurs et les formateurs du terrain.
    C’est une grande et noble tâche, à laquelle il est urgent et nécessaire de s’atteler.