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Le systémicien - Page 476

  • La discrimination

    Les violences urbaines font que de nombreux penseurs, sociologues, hommes politiques se penchent avec sollicitude sur la discrimination, à l’embauche, en particulier.
    La discrimination se situe au carrefour d'un faisceau de représentations, de préjugés, de fantasmes et d'habitudes.
    La lutte contre les discriminations passe par la modification des comportements des acteurs sociaux et ce par une sensibilisation, une éducation  aux méfaits de la discrimination et aux  bienfaits de l'intégration, de l’insertion et de l’assimilation.
    Les véritables freins à ces trois pôles de la socialisation sont d’une part, le chômage massif, et d’autre part l’immigration qui déborde largement nos capacités d’accueil.
    Chaque intégration, insertion ou assimilation réussie provoque un appel d’air par le biais du regroupement familial, de l’immigration clandestine « régularisée » ou pas et par bien d’autres méthodes  que les passeurs et employeurs de clandestins connaissent bien.  
    Le modèle social français basé sur le fameux ascenseur social devait son succès au 30 glorieuses et à l’expansion économique.
    Les chocs pétroliers successifs ont mis fin à l’expansion économique, et l’explosion démographique mondiale  au modèle social français d’intégration.
    Ce n’est pas un hasard si les pouvoirs publics serrent la vis des associations et demandent des comptes quant à l’efficacité des actions engagées, en particulier par les mouvements d’éducation populaire qui semblent fonctionner, comme au temps de leur fondation, sur le modèle du toujours plus de subventions, pour une efficacité qui ressemble de plus en plus au fameux tonneau des danaïdes. Comment d’ailleurs pourraient-ils y répondre devant l’expansion incontrôlée de la demande ?
    Le tonneau de l’intégration, de l’insertion et de l’assimilation ne se remplira pas si l’on ne trouve pas des réponses à l’emploi, au logement, à la cellule familiale retrouvée, à un cadre de vie acceptable dans nos cités, à un vivre ensemble apaisé et enfin à trouver une réponse à l’immigration basée sur l’idée qu’il faut non pas accueillir tous les miséreux du monde, mais les aider sur place à faire face à leurs problèmes.
    Dans le cas contraire, je ne crains pas de dire que les violences urbaines que nous avons connues ne sont qu’un faible avant-goût de ce que nous allons connaître.
    Il n’est jamais trop tard pour agir, en particulier pour éduquer, former, socialiser et cela bien évidement est de notre ressort, c’est donc par là qu’il faut commencer (ou recommencer). Le reste, l’emploi par exemple ne dépend pas que de nous, mondialisation oblige, mais un peuple éduqué, uni et rassemblé peut parvenir à trouver sa place et ouvrir des horizons à ses concitoyens pourvu qu’ils se rassemblent au sein d’un projet qui leur ressemble.

    NERI Francis
    Educateur et Formateur
    Président de l’Institut Européen de Socialisation et d’Education
    Strasbourg le 20 11 05   

     

  • Eduquer les parents

    Nous vivons décidément une drôle d’époque où il n’est même plus question d’employer le moindre mot sans que s’élève aussitôt une foule de mise en garde sur le sens qu’il faut y donner, sur les précautions d’emploi et sur l’impact qu’il va produire sur les « usagers ».
    Je suis un adepte de la Sémantique Générale qui traite, pour simplifier, de la signification des mots et de leur impact sur le système nerveux humain, bref de la signification des significations.
    Pour ceux que cela intéresse, ils en trouveront les développements auprès de son inventeur Alfred Korbsisky, dans la méthode d’analyse des pratiques qui en découle et qui a pour objectif la remise en question de nos représentations.
    C’est la raison pour laquelle, et pour en revenir à la sémantique tout court, je voudrais m’arrêter un peu sur le mot éduquer qui, décidément, m’intéresse de plus en plus et pour cause, en tant qu’éducateur et formateur, je ne vois pas comment et pour quelles raisons il en serait autrement.
    J’ai depuis longtemps remarqué que si vous employez le mot éduquer  tout seul dans son coin, vous obtenez un large consensus et même, un silence poli et respectueux. Là où les choses se compliquent c’est quand vous voulez rentrer dans les détails et dire qui vous avez la prétention d’éduquer, comment vous allez vous y prendre, quelles pédagogies vous allez employer,  quelles valeurs, quels contenus vous avez l’intention de promouvoir. Voulez vous transmettre des savoirs ou des compétences, vos programmes sont-ils conformes ou non à la culture de l’époque, au politiquement correct, aux programmes de l’Education Nationale.  Respectent-ils les chasses gardées des uns et des autres, les sensibilités culturelles, spirituelles, éthiques, morales etc. etc.
    Bref, il semble de nos jours difficile d’obtenir un consensus sur le mot éduquer afin de permettre tout simplement de faire son travail d’éducateur, d’enseignant, d’arbitre de terrain de foot, de juge au tribunal d’instance, de policier, de soignant, de parent, d’aîné, d’élu, etc.
    Il semble encore plus difficile d’obtenir que ces acteurs se  mettent d’accord sur un projet éducatif local cohérent et mutualiste qui intègre les attentes et les représentations des uns et des autres et surtout qui soit utile au plus grand nombre.
    J’ai encore vécu tout récemment une telle difficulté au cours d’une réunion qui portait sur la parentalité, l’absentéisme et autres contingences sur lesquelles, éducateurs et formateurs, nous sommes en permanence confrontés.
    Certains d’entre nous ont employé l’expression « éduquer les parents ». Mal leur en prit, car de nos jours, les parents ne s’éduquent pas, ils sont considérés comme éduqués. Ne sont-ils pas sortis du système scolaire ? Et puis, qui aurait la prétention de les éduquer, les éducateurs de rue, les Centre Sociaux Culturels, les aînés, les parents entre parents, les jeunes ne peuvent ils éduquer leurs  parents ?
    Non franchement envisager d’éduquer des parents n’est pas raisonnable, tout au plus peut-on aménager l’environnement pour leur permettre de prendre conscience des droits et des devoirs…des droits surtout ! De les sensibiliser par des animations aux alentours des écoles sur les dangers de la circulation routière, organiser des séminaires et des journées d’études sur la parentalité, etc.
    Avant d’entreprendre quelque chose, mieux vaut d’ailleurs, se mettre autour d’une table et  réfléchir à tout çà . Surtout ne pas se précipiter car le problème est vaste, complexe, sensible. Il convient de réaliser des diagnostics, d’étudier le terrain, de rassembler des compétences, de s’appuyer sur des réseaux, d’élaborer des projets etc.
    Bien, bien, tout cela me paraît sensé, pesé et mesuré, pragmatique même. Je dirai pourtant  que j’entend ce discours depuis un certain  nombre d’années et que quantité de « dispositifs » par exemple le Contrat Educatif Local ou le Contrat Local de Sécurité, le Contrat de Ville et bien d’autres avaient, et je crois ont toujours, des objectifs identiques.
    Il semblerait pourtant que certaines collectivités locales, s’intéressent  à un Projet Territorial pour la Jeunesse qui a pour caractéristique le partenariat, la mutualisation des moyens, dans le domaine de l’animation et la "sensibilisation" des parents. Et puis il y a le "plan de cohésion sociale"
     Reste que  je me pose des questions  sur le mot éduquer, sur la représentation que je m’en fait et … sur le temps qui passe, sur les problèmes qui s’accumulent et sont de plus en plus difficiles à résoudre.
    Voulez vous connaître le résultat de mes cogitations ? C’est simple, je me demande s’il ne faut pas commencer par éduquer ou ré-éduquer les éducateurs, à commencer par moi-même, car je me fais l’impression d’être devenu un dinosaure de l’éducation !

    Francis NERI
    Octobre 2005

  • Le développement et le changement

    Le développement, et par conséquence le changement ne se décrète pas. Il suppose la convergence de multiples facteurs, matériels, institutionnels, conjoncturels, mais aussi et d'abord humains, qui demandent du temps, et dont seules les organisations, les groupes ou les individus préparés à l’idée même de changement détiennent véritablement la clé.
    C’est donc par le management du changement qu’il importe de commencer pour toute actions de développement personnel, des groupes ou des organisations.
    Les projets d’action collective.
    L’unité d’un groupe restreint autour d’une tâche, est toujours celle d’un contenu de représentation et de valeurs et non celle d’un processus.

    Un groupe a des valeurs, des intentions, une personnalité, des habitudes, des fonctionnements qui lui sont spécifiques.
    On ne peut, en conséquence, résoudre un problème posé, surtout s’il est nouveau ou récurant, par une action qu’il se doit d’entreprendre ou que l’on projette de lui faire entreprendre, que par l’intégration d’éléments nouveaux à cet ensemble. En effet, un groupe assimile ou rejette des connaissances, des sentiments nouveaux et, bien évidemment, un projet en fonction de sa compatibilité avec l’organisation préétablie.
    Par exemple, le processus de démocratisation voulu pour l’Irak par Monsieur BUSH semble être incompatible avec les valeurs, les intentions et la personnalité du peuple irakien.
    Il convient donc d’appréhender des méthodes et des stratégies qui permettent au groupe concerné d’assimiler sans rejets les concepts nouveaux.
    Considérons tout d’abord qu’un acteur se dirige vers un objet à partir de la connaissance qu’il en a et par le désir de satisfaire une attente. Connaissance et désir sont en effet les moteurs de la motivation, elle-même le moteur de l’action.
    Ce sont donc des attitudes et des postures, spontanément, ou soigneusement, implantées dans les esprits d’un groupe qui vont déterminer ses comportements.
    En effet, au sein des sociétés occidentales, les groupes sociaux se définissent de plus en plus à partir d’une organisation de conduites pratiques, s’appuyant sur des réseaux de relations entre les éléments qui le composent.
    Nous avons dit  occidentale ! Rien à voir semble-t-il  avec certaines « singularités », en particulier les sociétés ou les groupes restreints qualifiés d’islamistes.
    Le projet :
    Pour faire s’engager l’action au bénéfice d’un projet, il faut la diriger vers l’objet qu’elle identifie par rapport et à travers ceux, exemplaires, qui en sont porteurs. Nous noterons qu’ici le terme d’exemplarité prend toute sa signification intrinsèque.
    En même temps, cet objet doit être connu, analysé et défini. Le mouvement d’appropriation une fois effectué, le projet peut alors être évalué par lui même et non plus par rapport aux initiateurs. Le résultat s’exprimera ensuite en termes de renforcement si la proposition a respecté les règles d’appropriation, ou d’affaiblissement si le projet est imposé.
    C’est à ce niveau que seront possibles les modifications globales, voire spécifiques du fonctionnement d’un ensemble particulier.
    C’est ici également que s’appliquent les quatre « systèmes problèmes » : adaptation, visée des buts, maintien des modèles, intégration.[1]   
    L’action est toujours, pour une partie au moins du groupe concerné, rupture et innovation du  système social qui les rassemble.
    Elle appelle la reconstruction, la transformation de l’organisation sociale vers un nouvel équilibre à trouver de préférence en aval du point de départ.
    Toute initiative se démarque de l’ordre établi, mais se doit de partir d’une unité sociale de départ. C’est cette contradiction qui crée les tensions. Tout projet ne sera pleinement accepté que si le dépassement de ses contradictions s’appuie sur une pratique naturelle à dominante technique plus que culturelle.
    Enfin, pas d’innovations sans découvreurs, mais pas non plus de changements sans la mise en place d’organisations nouvelles qui ne soient collectivement acceptées.
    Tout porteur de projet doit être pénétré de ces nouvelles donnes sociales qui prétendent que l’action doit être valorisée et naturelle, car le lien social ne se définit plus exclusivement par la participation à des valeurs communes, mais de plus en plus par  « les exigences de la vie collective et le relativisme des conceptions et des principes ».[2]
    Utopies et angélisme.
    Mais les sociétés ou les groupes à forte dominante islamiste sont-elles concernées par ce mouvement ? L’Irak, par exemple ne possède t-il pas un système d’actions qui constitue un ensemble social intégré de conception fondamentalement différente et bien évidemment opposée à celui des Américains et pour tout dire, des Occidentaux ? Est–il sage, en conséquence, d’oser vouloir en modifier unilatéralement  le fonctionnement sans s’exposer à un long processus de conflits avec des acteurs qui ont une représentation de l’action collective aussi opposée ?
    Il ne nous appartient pas de porter un jugement définitif sur la méthode choisie par l’administration américaine pour que se développe l’idéal républicain et démocratique, la mondialisation des économies et l’inévitable choc des cultures, mais c’est ce choc des cultures prévisible,  mal anticipé, qui restera non maîtrisé, et qui nous semble  porteur des plus grandes menaces que l’humanité ait connu.
    Que pourrions nous faire pour enrayer l’infernale mécanique et orienter différemment le sens de l’histoire ?
    L’Europe, en tant que telle, nous semble mal engagée pour proposer des solutions alternatives.
    La France et l’Allemagne si elles ont su parfaitement jouer un rôle de contradicteurs, ne sont pas en mesure de conduire, ensemble, une action, un projet, en sens opposé car ces pays n’ont pas encore imaginé un tel scénario.
    Des solutions existent pourtant, elles existent toujours. Nous en avons abordé la trame : le respect des peuples, de leurs représentations et de leurs valeurs, en est la clé de voûte. A partir de ce postulat, les méthodes et les moyens brièvement exposés coulent de source.
    La France, encore auréolée, en terre d’Islam, d’une certaine crédibilité est en mesure de montrer la voie et de proposer un projet.
    Le fera t-elle ?

    F.NERI
    5 09 05                                                                                                                

     


     

    [1] Les dimensions du système social. T. PARSONS

    [2] E.DURCKEIM