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Le systémicien - Page 463

  • Crise systémique mondiale : les conséquences

    Recueillir des informations, les vérifier, les rapprocher, choisir celles qui apparaissent les plus pertinentes, en développer les conséquences puis proposer des solutions, telle est la méthode de l’analyse systémique. C’est à ce petit jeu auquel que je me suis attelé et, j’en ai froid dans le dos !

    Les petites querelles de pouvoir de nos politiciens locaux et nationaux ne m’en paraissent que plus dérisoires !

    Je pose une question : que pouvons nous faire ? 

    Francis NERI

    Le problème : L’éclatement de la bulle immobilière a des conséquences catastrophiques sur le système général, c'est-à-dire planétaire.

    Premiers résultats de ce désastre : près de 2 millions de foyers américains expulsés de leur maison, 84 sociétés de crédits hypothécaires en faillite aux États-Unis, des milliers de licenciements dans les banques occidentales, l’irruption des fonds souverains chinois et arabes dans leur capital, et la récession aux États-Unis entraînant l’Europe dans son sillage.

    Déjà, en Europe, à la récession s’ajoute  une hausse des prix que personne ne peut maîtriser.

    Certains prétendent encore que la crise restera financière, en particulier le FMI. C’est une grave erreur d’analyse pour le moins surprenante.Tous les systèmes : financier, économique, social, écologique, culturel, cultuel etc. sont touchés et entraînés dans la crise.

    Il fallait s’y attendre. Au fur et à mesure que les dispositifs du « marché » s’avèrent incapables d’enrayer la crise systémique qui s’est révélée depuis l’été 2007, de plus en plus de voix se tournent vers les pouvoirs publics pour exiger qu’ils refinancent purement et simplement les faillites provoquées par les subprimes et autres produits structurés toxiques que les grandes banques et fonds d’investissement ont imposés depuis quelques années à l’ensemble du système monétaire international.

    D’ici la fin de 2008, nous allons assister à une formidable déroute de l’ensemble des fonds de pension de la planète, mettant en péril tout le système des retraites par capitalisation. Ce cataclysme financier aura une dimension humaine dramatique puisqu’il correspond à l’arrivée à la retraite de la première vague des baby-boomers aux Etats-Unis, en Europe et au Japon : les revenus des fonds de pension s’effondrent au moment même où ils doivent commencer à effectuer leur première grande série de versements aux retraités.

    En France, le Crédit Agricole, La BNP, La Société Générale, tous commencent à ressentir sévèrement la vague géante qui déferle. Des milliards d'euros partis en fumée, un marché immobilier bientôt effondré, une consommation atone, une paupérisation accélérée des classes moyennes des pays riches, des émeutes partout et une partie de bras de fer militaire et financière en cours entre des Grands qui ne circulent plus qu'en voiture blindée et ne raisonnent plus qu'en terme de raison d'Etat et de rapports de force autour des dernières ressources de la planète. 

    Et quelle planète ! Un immense camp de bidonvilles en surpopulation, avec quelques îlots de luxe fortifiés de ci-de là, et de surcroît en plein dérèglement climatique. Un univers à la John Brunner où le Soleil Vert vous guette. 

    Le problème vient avant tout de l'incapacité des forces vives mondiales à s'auto organiser pour proposer des programmes et des moyens de pressions et de contre-pouvoirs capables de réorienter efficacement les politiques sociales, industrielles et écologiques qui sont devenues d'une urgence absolue.

    Les ego, la rumeur, le clanisme tiennent encore lieu de stratégies à nos politiques alors qu'il y a déjà urgence absolue.

    Les dernières élections municipales en France démontrent amplement l’inconscience de nos politiciens de gauche, du centre ou de droite qui ne pensent qu’à une chose, récupérer ou conserver le pouvoir pour imposer leur réalité et accroitre leurs privilèges.

    Les prévisionnistes s'étaient trompés, ils s'excusent mais gardent les commandes en main car les maîtres d’un jeu qui leur a échappé n'ont pas intérêt à tout chambouler dans le consensus ambiant.

    La première question : Pourquoi ? Où plus exactement pour quelles raisons et comment il y a une telle dérégulation, un tel affaiblissement programmé des institutions.

    La globalisation est analysée comme « un système d’interdépendances multilatérales où les puissances émergente exercent une influence déterminante (rétroaction) sur les économies développées »

    Dans cet évènement, chacun, de l’emprunteur au trader est responsable. Chaque acteur a agi à son niveau au mieux de ses intérêts propres, sans ce soucier de l’intérêt général. Cette crise est le signe de la nécessité d’une rupture avec une conception de la société qui sépare les systèmes, les isoles les uns des autres et en premier les « systèmes humains » individus, groupes, espèces isolés et séparés de leur environnement. 

    Selon cette hypothèse, c’est aussi une décision qui met en évidence l’éclatement des pouvoirs et le repli de ces pouvoirs sur leurs propres intérêts. C’est une décision qui reflète la crise du système général planétaire en signifiant que les composants perdent le sens de la solidarité systémique au profit de leurs propres intérêts menacés par la situation générale.

    Dans ce cas, lorsque la crise éclate et ne peux plus être régulée, un (chaque) système prend la décision qui l’avantage, du point de vue technique et opérationnel, sans tenir compte du reste. Cela est une mesure de sa propre crise.

    Bien entendu, rien n’est fini de la crise financière. Et l’on y ajoutera les conditions économiques et sociales de crise qui pèsent aujourd’hui sur le système mondial (général).

    On savait déjà, sans le reconnaître, que la crise était systémique, mais les implications se matérialisent d’heure en heure. En effet, on craint qu’avec la faillite de Bear Stearns, une quarantaine de milliards de dollars investis dans les CDS (credit default swaps) tombent, provoquant l’effondrement de ce marché qui représente au niveau mondial pas moins de 42.000 trillions de dollars ! De quoi donner des sueurs froides à tout le système !

    Mais ce sont les déclarations de John Lipsky, délégué général adjoint du FMI, lors d’une conférence de l’Institut Peterson d’économie internationale à Washington, qui sont particulièrement inquiétantes : car il formule, pour la première fois explicitement, la proposition que des fonds publics, et donc les contribuables, viennent en aide au système financier à la dérive.

    Il faut « envisager l’impensable, » a-t-il dit, même si le scénario d’un effondrement du système financier mondial reste « improbable ». « Il ne fait guère de doute que les risques d’escalade de la crise s’intensifient et que des mesures déterminées soient nécessaires pour stabiliser le système financier et l’économie du monde. » Dès lors que « les solutions du marché ont été épuisées, » a-t-il continué, « nous devons garder toutes les options sur la table, y compris l’utilisation potentielle de fonds publics pour conforter le système financier ». « Le Fonds est également prêt à utiliser ses liquidités record, si nécessaire, pour aider à amortir [l’impact de la crise] sur l’économie mondiale. »

    La deuxième question va de soi: Et maintenant?

    La question est de tout les temps et renvoie à l’éthique : l’individu doit il « survivre » au groupe, le « groupe » à l’ensemble ? Et, au-delà poser la question de la survie de l’espèce humaine par rapport au système planétaire ?

    S'il n'existe pas une capacité politique de réguler ces questions au niveau transnational, alors on va vers la liberté totale, celle du renard dans le poulailler, du chacun pour soi et du sauve qui peut général. Nous avons besoin de redéfinir en d'autres termes cette capacité de régulation métanationale, d'où l'importance d'organisations telles que l'OMC ou celles qui sont liées aux Nations unies.

    La réponse politique doit donc être la suivante: à phénomène mondial, régulation mondiale. A crise systémique réponse systémique. Mais la question n'a même pas commencé à être posée.

    Le moment approche où soit les gouvernements décideront de faire appel aux propositions de Lyndon LaRouche et de Jacques Cheminade pour procéder à une réorganisation ordonnée du système monétaire international – mettant en faillite les instruments spéculatifs et sauvegardant toutes les activités productives de l’économie – soit les intérêts financiers tenteront de revenir au fascisme financier des années 1930.

    Pourtant, nous avons les moyens de mieux prévoir et de mieux gérer, y compris les effets pervers de nos projets, et ce dans tous les domaines.

    Dans Les Echos, journal de boursicoteurs avertis, http://www.lesechos.fr/info/analyses/4695756.htm Jean-Marc Vittori rappelle que la réalité, complexe et instable, ainsi que l'avait formalisé Mandelbrot, se moque des courbes trop lisses !

    Nous le citons : "Normalement, la crise du « subprime » n'aurait jamais dû arriver. D'ailleurs, il y avait une chance sur un million qu'elle éclate. Elle devait se produire une fois tous les 30.000 ans. Voilà ce que l'on entend parfois dans les salles de marchés ou les conseils d'administration. (...)

    C'est bien le modèle qui est en cause, un modèle qui remonte très loin. Au début du XIXe siècle, l'Allemand Carl Gauss émet une hypothèse sur la probabilité des erreurs de mesure à propos des mouvements des étoiles. (...) C'est une magnifique cloche : la probabilité d'un événement moyen est grande, la probabilité d'un événement extrême, dans la « queue » de la distribution, est infime. (...)

    Pourtant, au début des années 1960, un trublion, Benoît Mandelbrot, remet en cause le recours à la loi « normale ». Ce mathématicien a créé un étrange objet mathématique, les fractales, en observant une courbe des prix du coton.(...)

    Il conclut : «Le problème, c'est que Mandelbrot avait raison. La finance est « anormale » : elle ne respecte pas la loi de Gauss. Les événements improbables se produisent infiniment plus souvent que ne l'indique la « normalité »

    On voit bien que si on est dans les pires difficultés, c'est que "La Main Invisible du Marché " est aussi juste et précise que celle d'un chimpanzé fantasque à l'apprentissage.

    Pire, si l'on s'intéresse de près au monde militaire, on constate vite que sous l'ordre apparent, le chaotique et l'impondérable sont toujours prêts à faire déraper les opérations vers le pire, à savoir le génocide et le massacre au nom des belles intentions et des modélisations raisonnées du "retour à l'ordre".

    Cet ordre militaire, rassurant pour l'individu moyen au point que la presse régionale ne nomme plus la gendarmerie que sous cette appellation générique, "les militaires" donc, sont les meilleurs indices de la montée du désordre ambiant. Leur présence de plus en plus généralisée, de la cité aux gares, des ports aux aéroports, du Tchad aux côtes libanaises, de Villiers le Bel à Grozny, de Gaza à Bogota, indique que le risque de confrontation majeure reste entier aussi bien au niveau interne qu'international, malgré une apparente redistribution des zones de contrôle et d'influence négociées avec Moscou, Téhéran et Pékin.

    Et l'impondérable guette toujours de plus belle ! Celui qui a le doigt sur la gâchette peut se loger une balle dans le pied où enclencher une guerre nucléaire.

    Tout dépend du calibre et du lieu, l'arrivée de l'USS Cole au Liban laisse envisager la seconde éventualité, c'est pour tous les peuples du monde un pistolet braqué sur la tempe. Alors il ne nous reste qu'à prier les papillons de ne pas nous jouer un mauvais tour avec leurs effets en dehors des courbes lisses....

    Mars 2008

  • La quête du sens

     Bonjour,

    Encore un petit mot sur ce long voyage au Maroc au cours duquel, j'ai pu constater que la crise systémique mondiale de la communication qui ravage nos systèmes sociaux n'est pas irréversible. Les signes sont là avec l'espoir que comme les affluents régénérent un fleuve polué il en sera de même avec nos systèmes sociaux. Même au milieu des décombres une fleur peut repouser. D'où viendra le renouveau, le changement ? De la nécessité d'un deal occident/orient ?

    Bonne lecture !

    «  Les dieux n’étant plus et le Christ  n’étant pas encore, il y eut de Cicéron à Marc Aurèle un moment unique où l’homme seul a été »

    Marguerite Yourcenar.

    Notre jeunesse est pessimiste, soit ! Elle est abandonnée à des familles de plus en plus défaillantes, l’école comme l’université le sont également! Cette jeunesse semble être comme ses aînés, « aspirée » par la société de consommation et atteinte par le choc de la mondialisation. !

    L’Homme serait-il à nouveau seul ? Ses enfants ne croiraient-ils plus en rien, même pas en un futur possible ? Ou alors seraient-ils victimes d’une vision trop intellectuelle, explicative et rationnelle de leurs aînés, vision trop souvent faite de jugements de valeur et de préjugés et développée au détriment de l’écoute et de l’observation ?

    A force de promouvoir l’égalitarisme, le multiculturalisme, de remettre en cause le modèle républicain, nos valeurs, notre histoire et notre culture, bref de démotiver, de stigmatiser et d’isoler les jeunes générations, nous les avons persuadées d’une absence de futur, convaincu que seul le présent et la jouissance immédiate valaient la peine d’être investis !

    Et bien, nous les aînés avons fait fausse route !

    Nous avons voulu croire que nos enfants seraient structurés par des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et d’universalité sans que nous leur en montrions l’exemple.

    C’est raté ! Nos jeunes ne sont pas dépendants de la société de consommation, ils s’en servent. Ils n’ont pas peur de la mondialisation car ils veulent prendre leur part de la globalisation. 

    Ils aspirent plus que nous à la liberté de pensée, à la générosité. Leur approche des problèmes est affective, émotionnelle et empathique.

    Les jeunes, intuitivement le plus souvent, ne se laissent pas endormir par le système, bloquer dans les impasses des crispations identitaires, communautaristes ou corporatistes.

    Ils revendiquent et affirment des valeurs morales et éthiques, adhèrent au débat d’idée, à la responsabilité. Ils souhaitent un changement rapide et en profondeur. Pour cela, ils habitent l’espace et la vitesse, des lieux de vie, mais ils ne savent plus habiter le temps, leur histoire, et leurs aînés renoncent à leur apprendre.

    Ensemble, nous célébrons le monde multiculturel, mais c’est entre les générations que le fossé c’est creusé, que les ponts et les passerelles ont été détruites. Le temps quand a lui n’a plus de raison d’être.

    La vraie question qui se pose à leurs aînés, est de savoir s’ils veulent s’opposer ou accompagner ce changement, c'est-à-dire quel héritage ils souhaitent, veulent ou peuvent transmettre à leurs enfants.

    Concrètement, comment renouer ce lien intergénérationnel qui s’effiloche d’année en année ?

    Il n’est plus temps de se livrer à un exposé des valeurs et des bonnes consciences, mais passer de la compassion à l’action concrète.

    Les enjeux sociaux comme le pouvoir d’achat, le travail, la violence sociale, l’autorité etc. sont des conséquences. Elles tiennent à une nouvelle communication organisationnelle et intergénérationnelle.

    Les représentations, collectives, les croyances, les valeurs, la morale déterminent pour l’essentiel le développement économique, social, culturel  car il n’y a pas de système social qui repose uniquement sur des choix technologiques ou de gestion.

    C’est sur ce terrain là que va se jouer l’avenir de nos enfants, remettre l’homme au centre du débat, réinjecter de la vie, de la conscience, de la justice sociale dans la globalisation.

    Pour ma part, je considère que sur le plan méthodologique, rassembler les jeunes et les aînés sur un projet social qui met en valeur leurs compétences, leur complémentarité et leurs aspirations est la réponse la plus appropriée à ces problématiques. En effet :

    Toutes les activités intellectuelles diminuent avec l’âge et ce, de manière continue à partir de 25- 30 ans. Les chutes de performances les plus importantes surviennent à 70 ans puis à 90 ans.

    Globalement la mémoire décline donc avec l’âge.

    En revanche, la mémoire déclarative (nos connaissances), la mémoire procédurale (nos savoir faire) la mémoire rétrospective (les évènements passés), la mémoire prospective (les évènements à venir) ne se détériorent pas de la même manière, les processus d’encodage et de récupération peuvent être grandement améliorés par la fabrication d’images mentales à partir de la mémoire rétrospective (évènements passés).

    Plus l’information nouvelle est traitée profondément, plus il est facile de la rappeler ultérieurement.

    C’est la raison pour laquelle les projets, concernant les jeunes et les aînés, axés sur un travail de mémoire et sur l’actualité des « problématiques » jeunes, sont déterminants pour la santé des aînés, le dialogue intergénérationnel et la transmission des codes, des valeurs et des conduites sociales qui déterminent notre société.

    La mémoire autobiographique (les évènements qui nous sont arrivés dans notre vie personnelle) déclinent moins que la mémoire épisodique (les connaissances et les habiletés cognitives)

    Les projets que les jeunes et les aînés réalisent ensemble permettent de prendre des décisions communes efficaces.

    D’une part, les aînés ont des difficultés à mettre en œuvre des informations nouvelles alors que les jeunes n’ont aucune difficulté à raisonner sur un problème nouveau, à gérer la résolution des problèmes quotidiens et à maîtriser les nouvelles technologies.

    D’autre part, les jeunes ont de la difficulté à tirer partie des informations qu’ils n’ont pas personnellement mémorisés, pas plus qu’ils ne savent gérer, sans apprentissage cognitif, leur vie émotionnelle et affective par le contrôle des émotions.

    Aux deux parties il est essentiel de permettre l’acquisition et le maintien de compétences essentielles comme : la rapidité du traitement de l’information, de l’inhibition collective (ne pas prêter attention à des informations non pertinentes) et la capacité à rester concentré (attention focalisée)

    Pour conclure, je dirai que l’avenir des jeunes et des aînés dépend non seulement de la reconnaissance de leur complémentarité,  mais de notre capacité à miser sur la plasticité du système nerveux central et donc de la cognition, car contrairement à nos anciennes croyances, la cognition reste plastique du début à la fin de la vie.

    Mai 2006

    Francis NERI

    Educateur, formateur.         

    Bibliographie :

    Psychologie du vieillissement. Une perspective cognitive, De Boeck, 2005 de Patrick Lemaire et Delphine Gandini.

    Du désir au plaisir de changer : Françoise Kourilsky, Dunod

    La nouvelle communication : Grégory Bateson, Le seuil

    Sur l’interaction : Palo Alto, Paul Watzlawick, Le seuil

     

  • Globalisation et Systémique

    Bonjour, 

     

    Je suis de plus en plus inquiet de la tournure que prennent les évènements en matière de crise financière et boursière. Cette crise est systèmique, c'est à dire qu'elle est totale et globale mais aussi que les systèmes de régulation (si véritablement ils existent) ne sont pas efficaces, que les "rétroactions" sont positives, qu'elles agravent la crise.

    Permettez moi de vous livrer mes réflexions à ce sujet.

     

    Bien cordialement  

      

    Faisons tout d’abord une constatation qui n’est pas encore une évidence pour tous, en particulier pour les nostalgiques du psycho-marxisme le plus primitif : Gauche ou Droite, tous adhèrent à présent au modèle d'économie sociale de marché tiré par les exportations…et la consommation intérieure spécifique à l’Etat concerné. Selon le mot du comte de Saint-Simon qui plaisait tant à Marx, «le gouvernement des hommes» a très sérieusement donné la place à «l'administration de choses», les rivalités de personnes se réduisant peu à peu à des conflits d'ego, solubles dans le management quotidien que nous souhaiterions appliquer au plan universel.

    Il y a pourtant rupture dans » L’administration des choses » au sein d’une globalisation qui se met péniblement en place. Cette rupture a toutes les caractéristiques d’une crise systémique (globale et totale) dans le sens qu’elle touche tous les systèmes : financiers, boursiers, économiques, sociaux, politiques etc. Tous ces systèmes interagissent entre eux. Pourtant, les réponses régulatrices sont désespérément linéaires et binaires. Elles n’intéressent que les effets des représentations des techniciens de la finance  spécifiques à un seul système (en l’espèce le système financier). Sans d’ailleurs pour autant s’attaquer aux causes qui bien évidement ne produisent pas nécessairement les mêmes effets. Sans réponse systémique, c'est-à-dire sans anticiper avec soin les effets probables de nos représentations d’opérateurs et d’acteurs et, sans solliciter notre « expertise d’usage » (contrôle et régulation), nous n’avons aucune chance de résoudre cette crise auprès desquelles les  précédentes risquent d’apparaître comme des plaisanteries.      

    Nous notons pourtant une prise de conscience progressive  d’une crise systémique majeure, par exemple dans les termes de la chronique d'Alain-Gérard Slama du 28 janvier dans le Figaro : « la vraie rupture est  stratégique » sans véritablement préciser par ce qu’il entend par stratégique.

    Il cite fort justement deux évènements majeurs : le rapport Attali et les 5 milliards d'euros de la Société Générale, en omettant toutefois de qualifier d’évènement la crise des subprimes.

    Ce qui est nouveau c’est que M. Slama parle de « conjonction » de ces évènements et là, nous entrons dans le domaine de l’analyse systémique  et donc de globalisation et d’incertitude !

    Notre analyse diverge quant à l’interprétation qu’il fait de la réaction de l’opinion publique, de la peur qu’inspirerait cette globalisation et de la nature des réponses à apporter.

    La peur naît de l’inconnu, de ce que l’on ne connaît pas ou de ce que l’on nous cache volontairement. Aussi, si nous souscrivons avec M. Slama sur l’essentiel de son analyse,  à savoir « que la stratégie des dirigeants ne peut plus être sélective ; elle doit être globale, parce que tout se tient » et « que prises séparément ces corrélations ne sont pas nouvelles » elles nous conduisent justement à remettre en cause ce qui constitue, selon lui, l’essentiel c’est à dire nos « valeurs d'autonomie individuelle, de laïcité et d'unité autour de l'État, propres à la culture politique française ».

    Et ce n’est pas tout. Ce sont les valeurs qui déterminent une culture, valeurs qui sont le produit des représentations qu’un peuple a acquis tout au long de son histoire. Les préjugés, les jugements de valeur, les dogmes et les codes sont bien plus puissants que les « valeurs d’autonomie individuelle, de laïcité et d’unité » qui ne sont nullement propres à la culture politique française, loin de là  et heureusement !

    Enfin nous dirons qu’il serait utopique de penser que les immigrants, en rupture avec leur propre système, seraient en recherche de ces valeurs « d’intégration ». Ce à quoi ils aspirent  c’est au travail, pouvoir trouver un logement et fonder une famille, c’est à dire répondre avant tout à des besoins premiers. Ce n’est que bien plus tard, et souvent seulement à la seconde génération, par des réaménagements, un processus éducatif et socialisant, que le système de valeurs reçu en héritage peut être réadapté en remettant en question la relation au monde, les contrats sociaux et un certain nombre de croyances.  

    La question est donc de savoir si nous voulons ou sommes encore en mesure de répondre à leur attente. Ce qui remet en question d’autres valeurs dont justement M. Slama ne fait pas état : la justice sociale et la solidarité entre les peuples, le respect des institutions, la régulation, des conduites sociales, économiques, politiques,[1] par le droit, le contrat et le devoir.

    Il ne faut donc pas condamner, comme le font les alter mondialistes, toute forme de capitalisme ou de libéralisme mais le réguler, c'est-à-dire, par exemple, d’interdire des pratiques comme les subprimes qui enrichissent scandaleusement les uns en appauvrissant encore plus les autres. Interdire ne suffit pas, il faut punir sévèrement ceux qui sont responsables de ces errements quelle que soit leur position sociale et surtout en fonction de leur niveau de responsabilité. La justice sociale et la cohésion du même nom sont à ce prix. Sans cohésion sociale et consensus, il n’y a pas de société démocratique, pas d’économie pas de solidarité etc.

    Oui nous devons repenser « nos stratégies politiques en fonction du primat de l'économie mondialisée » mais il serait vain de penser le faire avec des peuples qui auraient la peur au ventre et qui seraient maintenus dans l’ignorance des risques qu’ils encourent.

    Enfin il serait inutile de se cacher que les risques véritables ont pour nom : déséquilibre démographique, dérèglement climatique, surexploitation des réserves naturelles, déséquilibre Nord/ Sud etc. 

    Alors rupture et nécessité économique probablement, mais si l’on veut véritablement éviter une nouvelle crise mondiale, systémique celle-là, probablement pire que celle des années 1930, il faut sérieusement penser et agir selon les bonnes vielles méthodes de « management », c'est-à-dire : élaborer un arbre de pertinence qui commence par le choix d’une finalité commune, se donner ensuite des objectifs et des moyens. En cours de route, on évalue les résultats et s’il le faut on modifie la trajectoire. On met en place des contrôles et des sanctions…  etc.

    Dans le passé on appelait cela un « plan ». Pour quelles raisons la méthode, le processus a-t-il été abandonné ?

    Peut-être que justement cette notion d’anticipation des effets faisait peur à nos dirigeants ou alors que les outils prévisionnels étaient insuffisants, ou encore que le changement est devenu trop complexe pour nos sociétés pétrifiées dans leurs structure corporatistes et qui refusent de se transformer.[2]

    Nous touchons probablement ici à l’essentiel de nos difficultés.

    En effet, les systèmes et les organisations ne peuvent plus seulement donner des réponses matérielles aux problématiques sociales. Elles doivent aussi donner des réponses matérielles au besoin de reconnaissance et d’épanouissement des individus. Le grand défi du XXIeme  siècle consiste à introduire une dimension éthique dans la compréhension et la gestion des rapports avec soi-même, ses semblables et l’environnement.

    L’éthique est probablement et simplement une logique de l’action alliant pragmatisme, responsabilité et morale, qui respecte l’écologie des systèmes humains.

    Avoir un comportement éthique c’est être conscient que tout ce que nous faisons entre dans une dynamique d’interactions et de rétroactions encore difficilement prévisibles et que nous en sommes responsables.

    Pour changer, il nous faudra donc évoluer, par exemple en reconsidérant la notion de « rapports de force ». En effet, nos difficultés ne s’élimineront pas en les combattants mais en les transformant. Le meilleur exemple, ou plus précisément l’un des plus malheureux, que l’on puisse donner est celui du conflit Israélo-Palestinien.

    L’on perd beaucoup de temps, d’énergie… et de vies à combattre les difficultés en pensant que nous pouvons agir sur la « totalité » de la « réalité » et qu’il n’en existe qu’une seule lecture.  Cela revient à ajouter du white-spirit sur un barbecue.

    Par contre nous devons pouvoir en tirer partie en transformant nos difficultés de communication. Rien de ce qui constitue les personnalités individuelles ou de groupes ne doit être combattu, nié ou refoulé. Il s’agit au contraire de jouer gagnant/gagnant avec et d’en tirer de la valeur ajoutée.

    Finalement, c’est l’étroitesse de nos représentations, notre manque d’audace relationnelle qui limite notre champ d’action et dépense nos énergies dans l’alimentation d’efforts paralysants.

    Un défi d’esthétique est adressé aux opérateurs et acteurs sociaux responsables. Il s’agit de la mise en harmonie des interactions complexes dans le respect des valeurs spirituelles et culturelles de notre écosystème.

    Personnellement je ne pense pas que ce défi ne puisse être relevé par le genre humain. Le monde matériel s’organisant naturellement en second !    

    Francis NERI

    31 01 08



    [1] Voir « Dynamique des groupes : le contrat »

    [2] Voir « Promouvoir le changement »