Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Le systémicien - Page 465

  • Le changement par l’approche systémique.

    1. Comprendre et provoquer le changement par l’approche de la communication systémique[1].

    «  Le changement, qui est pourtant souvent réclamé à grands cris, est rarement bienvenu lorsqu’il est imminent »

    Comment construire le changement à partir des concepts de  l’école de Palo Alto et du modèle de pensée systémique développé par G. Bateson, P.Watlawick, A.Korzybsky, H. Laborit , et plus récemment par J. De Rosnay ?

    1. Sur le fond et sur la forme.  

    « Que notre communication vise un effet thérapeutique, pédagogique ou managérial, elle s’articule en fait sur un même but : celui de mobiliser les ressources humaines pour faire évoluer vers de meilleurs résultats et une meilleure satisfaction »[2]

    Le changement,  visant à la transformation des organisations et des relations humaines, ne peut s’effectuer que par une remise en cause des règles qui déterminent et légitiment nos attitudes et nos comportements. 

    Tout changement doit d’abord passer par une reconstruction de la réalité. Celle-ci doit être  constamment reconstruite (la non identification des évènements). C’est une construction mentale permanente.

    La réalité est liée au regard que l’on porte sur les choses. En conséquence, recadrer une représentation est la meilleure technique pour mettre en œuvre le changement.

    Une situation donnée peut être modifiée, ainsi que la perception d’un évènement, si l’on peut changer son cadre perceptuel, conceptuel et où émotionnel et transférer la perception modifiée dans le nouveau cadre mieux adapté aux faits concrets de la situation nouvelle.

    Changer sa représentation d’une situation entraîne des changements d’attitudes et de comportements qui sont à l’origine de transformations profondes du système quel que soit le type de relations concernées : interpersonnelles, sociales, commerciales, organisationnelles etc.

    1. Qu’est ce que l’approche systémique ?

    Depuis trois siècles, la pensée et la science découlent en droite ligne de la tradition rationaliste. Descartes en est en France le digne représentant.

    Nous avons, depuis, découvert que la supériorité incontestable du progrès technique et économique n’était plus une référence incontestable et que la tradition rationaliste était de plus en plus en remise en question par les scientifiques eux même. 

    En effet, deux découvertes fondamentales du début de ce siècle, la théorie des quantas et la relativité et enfin l’hypothèse de la complexité, remettent en cause les fondements même de cette forme de rationalité.

    La théorie des systèmes puis la cybernétique ont développé la notion de rétroaction et constitué la « systémique »

    Le système :

    « Le système est un objet complexe formés de composants distincts reliés entre eux par un certain nombre de relations. »[3]  

    Ce sont ces relations, ces rétroactions que la Systémique se propose d’étudier, d’en faire l’analyse et d’en tirer des projets d’action.

    Les systèmes ouverts sont ceux qui pratiquent des échanges nombreux avec tout ce qui les entoure. A l’inverse, les systèmes fermés sont ceux qui vivent entièrement repliés sur eux même.

    L’approche systémique a pour objectif d’élaborer de nouveaux systèmes pour une meilleure efficacité. Elle permet de détecter les dysfonctionnements internes et externes des systèmes ouverts ou fermés. Ceci afin de proposer aux responsables d’un groupe constitué des remèdes à ces dysfonctionnements.

    La cybernétique : Cybernétique : Science des communications et de la régulation des êtres vivants et des machines

    L’opposition entre les deux approches, systémique et rationaliste (relation de cause à effet et raisonnement linéaire) est mise en évidence par quatre concepts fondamentaux :

    L’interaction entre les éléments d’un système est l’action réciproque modifiant le comportement ou la nature de ces éléments.

    La relation dite de rétroaction, ou de feed-back  (effet en retour sur la cause) dans laquelle une action de B sur A suit une première action de A sur B qui a été mise en évidence par la cybernétique  (rétroaction positive ou négative, compensatrice ou régulatrice) 

    La totalité : Le système est un tout non réductible à ses parties. «  Je tiens pour impossible de connaître les parties sans connaître le tout non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties »[4]

    L’organisation : Elle est le concept central de la systémique. C'est-à-dire un agencement de relations entre composants ou individus qui produit une nouvelle unité possédant des qualités que n’ont pas ces composants. La systémique appliquée à l’organisation en examine les deux aspects généralement séparément : un aspect structurel et un aspect fonctionnel.

    Le premier est généralement représenté sous forme d’un organigramme  tandis que le second pourra être décrit dans un programme. Selon l’objectif recherché, la systémique mettra l’accent ou la priorité sur l’un ou l’autre de ces deux aspects sans cependant perdre de vue leur complémentarité.

    La complexité : La logique cartésienne nous avait appris à simplifier tous les phénomènes en éliminant l’inconnu, l’aléatoire ou l’incertain.La complexité tente d’appréhender la totalité car la complexité est partout et dans tout les systèmes.

    Il est bon de ne pas faire l’amalgame entre complexité et complication, la complexité d’un système dépend à la fois du nombre de ces éléments et du nombre et du type de relations qui lient ces éléments entre eux.

    L’analyse systémique apparaît donc bien comme l’élément clé de l’approche « projet » et indispensable dans la résolution des problématiques des systèmes complexes que constituent nos organisations en interaction.

    1. Non axiomes :

    Le changement : Le changement dans les organisations, c’est le changement dans les relations en premier.

    Une personne ne peut changer, à moins que le contexte relationnel dans lequel elle vit ne change également.

    Pour obtenir un changement dans les comportements, la prise de conscience d’une problématique n’est pas essentielle, Elle est proportionnelle au niveau de conscience sociale des acteurs. En effet, les acteurs à l’esprit simple et pratique sont déconcertés par une approche conceptuelle étant donné qu’ils veulent de l’action et des résultats. Les acteurs intellectuels préfèrent la conceptualisation des problèmes mais ils retardent généralement le changement dans les comportements réels. En conséquence, nous ne nous contenterons pas de suggérer ou de préconiser des changements, mais aussi une approche fractale et interprétative pour répondre aux deux attitudes.

    Pour transformer un système, commençons par faire évoluer ses pratiques sociales, c'est-à-dire ses modèles d’interaction qui fonctionnent mal. Il s’agit avant tout de réorganiser la structure des relations au sein d’un groupe pour parvenir à la résolution rapide des problèmes.   

    Dynamique de groupe : intervenir dans un réseau social continu. C’est à dire observer l’individu dans sa totalité sans préjugés et sans émettre de jugements de valeur.

    Relation : Dans toute observation, commencer par caractériser la relation, soit comme symétrique, soit comme complémentaire.

    Supervision et analyse des pratiques : La pédagogie interactionnelle ou systémique est une nouvelle façon de voir les problèmes sociaux liés à l’apprentissage et aux fonctionnement des organisations, ensuite une méthode de résolution des problèmes fondée sur cette vision.

    Double contrainte : Echange de deux messages conflictuels et non congruents (appropriés) situés à des niveaux différents (hiérarchique par exemple). La double contrainte de l’injonction paradoxale est l’élément central des troubles de la communication. La disqualification est associée à la double contrainte.

    Observables : L’approche systémique détermine trois systèmes observables : individuel, familial, social, dans un cadre et un contexte donné. La démarche requiert avant tout une exploration des faits d’attitude et de comportement au sein des systèmes observables.

    Analyse systémique : Traitement des troubles et problématiques de la communication par la méthode systémique au bénéfice de l’individu, du  groupe ou des collectivités. 

    Attitude et comportement : Il est un fait d’expérience courante, que le comportement et les attitudes dépendent de la  communication et de l’interaction.

    Francis NERI

    06 03 06



    [1] Terme inventée par Joël De Rosnay (Théorie des systèmes et cybernétique)

    [2] Paul Watzlawick

    [3] E.Morin

    [4] Pascal

  • L'avenir de l'humanisme

    « L’individu, correctement instruit, reste libre et pleinement responsable de ses actes dans la croyance de son choix. Les notions de liberté (ce que l'on appelle le "libre arbitre"), de tolérance, d’indépendance, d’ouverture et de curiosité sont de ce fait indissociables de la théorie humaniste classique. L'Humanisme désigne toute pensée qui met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l'être humain. »

    L'humanisme pratique ou moral consiste à s'imposer, vis-à-vis de tout être humain, des devoirs et des interdits éthiques : ne pas tuer, ne pas torturer, ne pas opprimer, ne pas asservir, ne pas violer, ne pas voler, ne pas humilier… Fondé sur le respect et la justice, cet humanisme-là revient donc à respecter les droits fondamentaux de l'être humain.

    En ce début du XXIe siècle l’humanisme moderne perçoit l’homme comme un tout dans un tout et le rappelle à sa responsabilité non seulement envers les autres, mais aussi envers son environnement fait de systèmes étroitement dépendants les uns des autres et en interaction.

    Pourtant pour certains, l’humanisme s’inscrit encore dans une confrontation entre trois pôles divergeant qui se radicalisent dans l’espace public : un pôle conservateur, un pôle libéral, un pôle social.

    Si ce mouvement de tension et de divergences entre les trois pôles s’intensifie nous allons vers des conflits d’intérêt majeurs entre ceux qui voudront conserver leurs acquis et ceux qui voudront s’en emparer.

    Dans cette bataille sans merci, ou l’unité culturelle de l’Europe est oubliée, chacun estime détenir la « vérité » souvent au détriment de la « réalité »  qu’ils subissent en contre coup, celle des extrémismes par exemple qui ont une représentation très particulière de l’humanisme occidental et la démocratie qui va avec.

    Chacun également tente d’instrumentaliser ou de marginaliser l’un des pôles pour tenter de détruire le 3e. Des alliances de circonstances se produisent et le pôle conservateur par exemple est encore et pour longtemps l’enjeu alternativement du pôle libéral ou social.

    Pour le pôle social, le scepticisme  de Montaigne n’est plus au goût du jour, et l’angélisme de ses penseurs ne s’étonne nullement de la nouvelle et effrayante irruption de la bestialité qui relativise le pouvoir de la culture sur les instincts et confirme l’opinion de Stéphan Zweig « que l’instinct élémentaire de destruction ne pouvait pas être extirpé de l’âme humaine ». 

    Cet humanisme exalte le libre-arbitre jusqu'à l'excès. Sur le plan éthique, les valeurs humanistes ainsi déconsidérées déresponsabilisent l'homme et encouragent des pratiques douteuses comme le multiculturalisme, le communautarisme, les revendications ethniques et identitaires.

    Ces approches reposent sur des présupposés progressistes. Elles sont trop souvent prisonnières des cadres de la philosophie de l'histoire, issues du marxisme ou d’une interprétation étroite des  Lumières. L’humanisme s’est toujours distancié de l'angélisme qui caractérise parfois ce type de méthode, dont la subjectivité  est susceptible, de compromettre l'objectivité de l'analyse.

    Nous vivons à nouveau une époque ou la violence, la tyrannie des idéologies menace notre vie même et plus encore notre liberté de penser et notre façon particulière de porter sur les choses et les gens notre vision et notre représentation du sens à y donner dans nos actes qui en découlent.

    Comme par le passé, les fureurs sociales et nationales risquent de détruire le monde sous prétexte de religion. Les protagonistes, une minorité d’idéologues et de fanatiques répondent au crime par le crime

    Au moment où l’intolérance domine, penser, dire ce que l’on pense, faire ce que l’on a pensé, n’est  ce pas cela l’essentiel de l’humanisme à retrouver ? Et pourtant, sommes nous encore en mesure de bénéficier encore longtemps de ces valeurs indispensables et conserver cet espoir  chevillé au corps : celui de voir le monde devenir enfin « humain »

    Il suffit pour cela de pas grand-chose, probablement  que les fameux trois pôles travaillent enfin ensemble sur un projet commun qui ne soit pas  le produit d’un extrême, qu’il soit libéral, conservateur ou social. La réalité est dans la médiation gagnant/ gagnant et dans une communication qui respecte un principe essentiel à nos systèmes sociaux : notre communication humaniste se doit d’être à la fois pédagogique, managériale et thérapeutique.

    En effet, l’homme « dans la minorité de son âme » doit être éduqué, instruit et socialisé, mais aussi soigné, régulé et fermement dirigé et cela aussi longtemps qu’il n’aura pas intégré comme un « réflexe conditionné positif » qu’il n’y aura pas de liberté pour le sujet sans qu’il soit capable de se comporter en être humain c'est-à-dire en responsable.

    Francis NERI

  • Clarification

    Dans les trois champs de la relation interpersonnelle (managériale, pédagogique et thérapeutique) la communication vise à influencer, mobiliser et faire adhérer. C'est-à-dire qu’elle tend à produire un effet sur le « récepteur » permettant la mise en communication et en relation des ressources humaines. Pour y parvenir, elle conjugue deux paramètres : l’information qui traite du verbal, du fond, de la matière et la relation, qui met en œuvre le « non verbal », la forme, la manière. Ce qui pose actuellement problème à la communication, c’est la nature des relations interpersonnelles et surtout la confusion avec l’information qui consiste simplement à transmettre un message. La communication  interpersonnelle[1] permet de changer la situation des acteurs sociaux, leur manière de construire la réalité/vérité pour enfin susciter des attitudes et des comportements différents, bref provoquer le changement au sein des systèmes humains et organisationnels.

    Pourtant, combien de discussions sans fin, voire de conflits, qui souvent expliquent l’échec de nombre de projets sociaux, ont pour origine le fait que nos interlocuteurs répondent à nos propos, ou nos écrits, sans avoir au préalable vérifié le sens que nous leur avons donné ?   

    Sans doute faisons nous tous de même. Aussi, devons nous tenir pour principe que si nous sommes responsables des mots ou des écrits que nous produisons, notre interlocuteur est en devoir d’en maîtriser la réception car c’est lui qui donne sens au mystère de notre langage et à son contenu.

    Trop souvent, nous nous impliquons dans des actions ou des projets dont nous n’avons pas suffisamment clarifié le sens, la finalité, les objectifs. C’est la raison pour laquelle il est bon pour un individu ou un groupe de faire périodiquement un « recadrage » de sens, afin que nos interlocuteurs ne se sentent pas prisonniers d’un engagement de type binaire en « oui » ou en « non » qui viserait à provoquer une docilité ou une adhésion.

    Il n’est évidement pas question de restreindre une liberté d’expression qui se réduit actuellement comme peau de chagrin, mais de mesurer l’impact de la « causalité circulaire » du langage et plus encore de l’écrit, c'est-à-dire de ses effets « rétroactifs ».

    La communication interpersonnelle se situe dans un champ éducatif et socialisant encore trop ignoré et qui laisse place à l’émergence de problèmes complexes de communication dont la perspective causale et linéaire est source de conflits graves.

    Henri Laborit dans son excellent livre : « L’éloge de la Fuite » nous fait savoir que ce genre de situation provoque un stress émotionnel intense dont on ne peut sortir que dans la  lutte, la soumission ou la fuite.

    Pour ma part, lorsque je suis engagé dans une situation de ce type et qu’elle risque de devenir conflictuelle, je tente de faire une analyse descriptive de ce qui se passe et la faire partager sans m’engager dans des explications qui tiendraient au « pourquoi ».

    Par exemple, la question : « pourquoi êtes-vous désagréable avec moi ? » n’apporte rien d’autre que des explications, des justifications, des jugements de valeur qui nous limitent.

    La recherche du  « pourquoi », une spécialité des psychanalystes, m’a toujours semblé inutile et je préfère utiliser le « comment ». Par exemple : « comment faire pour rétablir entre nous une communication mutuellement satisfaisante ? » Ou encore, à quelqu’un qui a besoin d’être accompagné dans son objectif de changement, il ne me semble pas utile de lui demander : « pourquoi il veut changer, mais « comment il va faire pour changer ! »

    Bref, il m’apparaît que l’analyse descriptive de nature objective, et faisant le plus possible abstraction de toute subjectivité, est mieux adaptée pour démêler une situation problème dont la causalité est circulaire car elle permet de poser ou de reposer la question du sens et des « buts à atteindre »

    Tel est pour moi l’objectif d’une clarification des relations et du recadrage des actions.          

    Francis NERI

    Le 23 08 07


    [1] Je distingue quatre formes de communication : personnelle (dialogue avec soi-même), interpersonnelle (dialogue entre deux individus), celle des groupes restreints (dynamique des groupes), et la communication de masse (en particulier celle des médias)