Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/11/2005

Prévenir les comportements à risque

Il serait vain de se leurrer plus longtemps. Le véritable problème posé par les comportements à risque, en particulier ayant trait aux adolescents, est celui de l’appartenance culturelle.  Il faut bien constater, en effet, que « nos jeunes » n’appartiennent plus à personne et  encore moins à eux même.

Traditionnellement, l’appartenance  a trois pôles :

  • la famille, qui alimente les vecteurs biologiques, de mémoire, et qui donne du sens au quotidien,
  • les circuits de socialisation et les structures institutionnelles.
  • l’école qui enseigne et éduque

Les trois circuits, familial, social et scolaire interagissent, et c’est cette  interaction qui structure un individu.
Quand un enfant est privé de ces structures de socialisation ou est conditionné par des structures culturelles en opposition à celles de son environnement, il se retrouve rapidement hors société, privé de ces tuteurs qui devraient étayer son sentiment d’appartenance. C’est alors qu ‘il se trouve en marge des circuits de socialisation et se re-trouve souvent rejeté par les institutions qui ne le reconnaissent pas comme l’un des leurs. Le hasard de ces individus sans appartenance les livre le plus souvent à la merci de « gourous » spirituels ou idéologiques qui donnent un sens de substitution et de pacotille à leur existence.
Quant on ne sait pas d’où l’on vient et où l’on va, il est impossible de s’inscrire, sans de grandes souffrances et difficultés pour les autres et pour soi même, dans un circuit d’appartenance.
Les contre-sens culturels . C’est particulièrement vrai pour nos enfants issus d’une culture « rapportée », en particulier maghrébine, qui n’ont souvent pas d’autres choix que l’appartenance groupale qu’ils ont sous la main et qui est faite de fragilité émotionnelle, de troubles relationnels, de délinquance, de contre-sens culturels conduisant à la marginalisation, à l’exclusion, aux intégrismes, et à la révolte. Celle-ci sera bien évidemment réprimée de plus en plus vigoureusement par l’Institution qui n’exprime pas les mêmes valeurs culturelles.
Les contraintes sociétales. La société a toujours généré un nombre restreint d’individus atypiques, souvent parfaitement intégrés, après avoir passé et dépassé une crise adolescente, même prolongée. Certains se sont  révélés être des découvreurs de singularités sources d’évolutions sociales décisives. Il suffit de penser à J.J. Rousseau et son œuvre : « le Contrat Social » pour s’en convaincre.
Le problème que nous vivons actuellement est la conséquence de la rencontre de trois facteurs endogènes.

  • Le premier réside dans l’absence d’acculturation des populations immigrées souvent dans l’impossibilité de transmettre à leurs enfants autre chose que leur culture d’origine. Ces derniers, dans leur grande majorité, s’empressent  de la remettre en cause afin de s’adapter autant que possible, consciemment ou non, à la culture du pays d’accueil.
  • Le second tient dans le renoncement du pays d’accueil à promouvoir les valeurs et la culture qui  ont structurés les générations précédentes, faisant peu de cas de son héritage culturel, social, spirituel etc.
  • Le dernier, enfin, se situe au niveau de l’incroyable et persistant sentiment de culpabilité des pays occidentaux, en particulier en Europe, et qui tient essentiellement à leur passé colonial, leur réussite économique et leur dominance culturelle.

Le choc des cultures. Les points de friction se situent essentiellement sur les concepts de démocratie, de laïcité, de spiritualité, d’humanisme, de liberté individuelle et de libéralisme. Le brouillard dans lequel nous avançons  nous cache encore, mais pour combien de temps, les effroyables lignes de fractures culturelles que nous connaissons et nous ne comprenons pas encore combien elles sont mortelles.  Les fractures économiques ne sont rien à côté d’elles, car l’économie n’est rien d’autre qu’une conséquence, la conséquence d’un projet de société. Pour qu’un projet intégrant l’économique, le social et le culturel émerge, il nous faut un consensus social qui est bien loin d’être acquis, car le « Contrat Social » actuel est devenu insuffisant et doit être complété par deux volets supplémentaires, le contrat économique et surtout le plus urgent, le contrat culturel.

Le fameux choc des civilisations ne serait-il finalement qu’une violente mise en cohérence culturelle faite de valeurs à ajuster, à rendre universelles ?

De nos jours, il semble encore difficile de rapprocher contrat et culture, cela tient en particulier aux tensions entre les différentes religions qui tentent bien, mais sans grand succès, d’élaborer des projets œcuméniques. Il est donc difficile de concilier particularité et universalisme.
La dimension européenne. C’est pourtant le défi impossible auquel il faut à présent s’atteler, sinon nous verrons échouer systématiquement nos projets politiques, et en particulier le projet européen.
La culture est en perpétuel changement. Cela suppose, dans un objectif de cohérence et de stabilité, de donner tout son sens à la laïcité, au droit d’être égaux et différents, c’est-à-dire de reconnaître que la loi, les coutumes et les croyances sont séparées, mais aussi que l’économie libérale ne peut être libérée du lien social sans lequel elle deviendrait vite impossible.
Nous voyons, à présent, comment à partir d’une problématique « comportements à risque » nous parvenons très vite à traiter à la fois du général et du  particulier, du simple et du complexe.
C’est à cela que nous devons nous habituer et y sensibiliser nos concitoyens. Socialement, rien n’est simple, rien ne relève de l’individuel, mais l’individuel est essentiel au collectif.
Enfin, nous dirons que, comme Candide à Waterloo, nous vivons en direct une des plus grande fracture culturelle de notre histoire. La nouveauté, c’est que notre conscience occidentale, et européenne en particulier, se refuse désormais à la réduire par la violence, ce qui fait, bien entendu, l’affaire de ses ennemis qui n’obéissent pas à ces freins éthiques.
Un vaste chantier nous attend, car si nous refusons d’employer la violence pour promouvoir et défendre nos valeurs et notre culture, il ne nous reste que le chemin de l’éducation,  de la socialisation et  celui de la remédiation pour les irréductibles.
Sans plus tarder, il nous faut développer et mettre en œuvre massivement des formations aux pratiques sociales et comportementales dirigées en priorité vers nos enfants et leur famille, après avoir sensibilisé, et formé nos éducateurs et nos formateurs à la nécessité de promouvoir sans faiblesse les valeurs universelles dans lesquelles notre groupe social d ‘appartenance se reconnaît.

Francis NERI
3 septembre 2004

Les commentaires sont fermés.