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Le systémicien - Page 440

  • Une écologie de l'esprit

    Il faut me pardonner si j'ai un peu abandonné ce blog qui me permet de communiquer avec un nombre sans cesse grandissant d'interlocuteurs amis. C'est que j'ai franchi la méditerranée et me suis installé pour trois long mois à Agadir, au Maroc. Peut être plus, si l'envie m'en prend.

    Certains d'entre vous connaissent l'endroit, vous me l'avez dit. Michel y réinvente les papillons, Daniel explore le désert et Eléonore de nouvelles formes de communication. D'autres se retrouvent pour accompagner concrètement le père Delouvrié dans ses projets au bénéfice des enfants défavorisés.

    Pour ma part, plus modestement j'y vais pour profiter du soleil, retrouver des amis et écrire un nouveau roman. Ce n'est pas mal comme programme ! Vous en conviendrez j'espère ?

    Bon, à première vue pas grand-chose à voir avec le titre de cette chronique et une écologie de l'esprit telle que la définissait G. Bateson. Et pourtant !

    Si vous avez lu mon dernier bouquin : «  Les chemins de l'avenir » vous avez pu constater à quel point le devenir écologique de Maroc « m'interpelle ». Ses ressources énergétiques, alimentaires, diminuent malgré les efforts considérables que ce pays déploie pour assurer son équilibre, en particulier, estime t-il, par l'accroissement du créneau touristique. Malheureusement, proportionnellement à cela, sa population augmente de manière exponentielle, même si certains parmi les nouvelles générations estiment qu'il faut faire moins d'enfants.

    Mais le sujet est encore tabou et, la culture « Fellah », celle qui considère qu'il faut procréer sans cesse et accroître sa famille pour assurer son avenir est toujours aussi vivace.

    Etrangement, cela me fait penser aux préconisations de l'église catholique romaine : croissez et multipliez. Allez savoir pourquoi les religions, comme les grands patrons, voire les politiciens, veulent que nous fassions toujours plus d'enfants ?

    Revenons à l'écologie de l'esprit et à celle du Maroc. L'écologie, c'est la science des systèmes, la façon dont ils interagissent, se relient, se complètent, s'harmonisent. L'écologiste est un systémicien, un analyste et, si l'on réfléchit un peu, c'est un « croyant ».

    Je vous l'ai dit, à Agadir je recherche le soleil, le calme et l'accueil de mes amis européens et marocains. Je loge dans un hôtel luxueux et confortable, au bord de la mer, avec piscine, animation etc. Un saut d'avion et me voilà installé....Je sais, je ne devrais pas échapper à la taxe carbone ! Il y a comme un malaise, honte sur moi !

    Et pourtant non, je ne culpabilise pas, et me dis que les quelques milliers d'euros que je laisse sur place seront très utiles ici !

    Pourvu que çà dure et que cet endroit, pour moi merveilleux, puisse rester encore longtemps à ma disposition et à celle de tous ceux qui voudront bien s'y insérer.

    C'est mal parti à mon avis ! Les bétonneurs semblent avoir décidé de transformer le littoral en une suite ininterrompue de complexes hôteliers et de rivages bétonnés.

    Pour un systémicien qui s'intéresse aux comportements observables, il y a ceux qui dans une culture peuvent être sélectionnés comme significatifs et dégagent un corps de règles qui peuvent être retenues comme fil conducteur. Y en a-t-il un dans le projet de développement touristique du littoral marocain ? Où plus exactement cette frénésie de constructions est-elle en harmonie avec le contexte culturel, économique, social, écologique, du Maroc, avec ses attentes et ses besoins actuels comme futurs ?

    Je n'ai pas la prétention d'avoir toutes les réponses, ni même le commencement d'une, mais j'ai le sentiment que ce qui se passe ici n'est pas bon pour le Maroc et pour la planète. Trop d'hôtels, trop de commerces, à la fois trop et pas assez de touristes. Cette crise qui n'en finira pas de durer ainsi que les changements climatiques inévitables sont loin de correspondre au plan de développement des infrastructures touristiques qui sont envisagées.

    Mes amis marocains devraient penser au drame du bétonnage de la côte d'azur et de l'épouvantable gâchis qu'il a occasionné. Ils devraient s'inquiéter de l'impact écologique que va provoquer cette invasion touristique non régulée : impact sanitaire, en eau, en pollution atmosphérique, sur la faune, la flore, et bien évidement, les habitants dont on bouleverse l'écosystème.

    Je suis installé dans un bel hôtel, l'Agadir beach club, en bordure de la plage. Je m'y suis attaché en raison de la qualité de son accueil, de l'ambiance cordiale et familiale qui y règne et de son style de construction qui me rappelle les années intenses où l'on dansait le charleston.

    Je constate, hélas, que chaque année, de nouveaux hôtels se construisent aux alentours. Comme les clients se font d'année en année moins nombreux à cause de la crise et de la concurrence acharnée d'autres directions touristiques, le « mien » se vide.

    Parviendra t-il à survivre ? Je le pense, si ses dirigeants savent dépasser un comportement qui refuserait de relier les évènements dont l'agent causal est contenu dans un système de développement largement dépassé.

    Ils devront adopter une approche « communicationnelle » ou systémique qui intègre cinq dimensions : l'individu, le groupe (ou le réseau), le contexte, le temps, et bien évidemment l'observation (sinon l'observateur).

    L'évolution actuelle consiste à ne plus centrer uniquement l'attention sur l'individu, mais aussi sur le réseau social, c'est-à-dire l'individu en relation, et le contexte culturel ainsi qu'environnemental où il évolue, puis caractériser la relation.

    Ceux qui résisteront à la crise, au béton et à la régression culturelle seront ceux qui prendront le tournant du « changement » inéluctable des attitudes et des comportements.

    Le Maroc plus que certains pays occidentaux devrait y être disposé.

    En attendant ceux qui veulent visiter ce qui est, encore, un petit coin de paradis me fassent signe, je leur indiquerai le chemin !

  • Le monde change

    Vous n'avez pas remarqué ? Le monde décélère. Les analystes... les économistes... et les politiciens bavards ralentissent leur débit. Le flot de nouvelles se tarit, se fait dérisoire. Le bruit de fond s'apaise. Même les prédicateurs de l'apocalypse style 2012, mettent une sourdine à leur sens divinatoire. Il ne manquerait plus que la réalité leur donne raison. Gare à la prédiction qui se réalise, justement parce qu'on la prédit. 

    Il semble se passer quelque chose qui nous échappe, que nous ne savons pas ou ne pouvons pas correctement appréhender. Cela dit, il se passe toujours beaucoup de choses que nous ne comprenons pas. Cela, un systémicien le sait. La « totalité » et la « signification globale » d'un évènement nous seront probablement à jamais inaccessibles quelles que soient nos capacités d'analyse.

    Mais là, c'est autre chose ! Il semble que chacun retienne son souffle, attend, et fait des provisions d'énergie, pas seulement de boîtes de conserves.

    Les économistes nous disaient que la crise est passée, d'autres que le climat après tout ce n'est pas « aussi pire », les politiques que la relance est là, que les terroristes sont en prison et que la paix est pour demain au Moyen Orient.

    Et pourtant, c'est quoi ce silence soudain, juste après Copenhague, cette angoisse qui nous prend brusquement lorsque l'on entend le rire de son enfant et que son regard confiant plonge dans le nôtre ?

    Qu'entendons-nous, que devinons-nous, derrière les mots convenus et les paroles prudentes des uns et des autres ?

    Et je ne parle pas de ces rumeurs et théories du « complot » qui agitent les médias, elles ont toujours existé et ne se matérialisent dans la « réalité » que fort rarement.

    Non, je fais allusion à cette inquiétude qui, peu à peu, se transforme en angoisse et bientôt en peur irraisonnée et irraisonnable.

    Attention à la peur, celle qui vient de nos entrailles, qui ne connaît pas la raison, qui obscurcit notre intelligence et qui se livre à la passion.

    Si nous sommes au cœur de la tourmente, dans l'œil du cyclone, si le monde doit changer et subir de sombres bouleversements qu'on nous le dise et que l'on s'y prépare. Mieux vaut un changement attendu, compris et accepté que d'attendre des lendemains qui chantent et subir un tsunami en maillot de bain sur une plage ensoleillée.

    Les grands schémas sont devenus incompréhensibles, plusieurs évènements sont en train de se produire au même moment  et ce ne sont pas de petits défis. Chacun d'entre eux provoquerait une crise digne de ce nom. Associez-les, mettez-les en cohérence, cherchez leur point de convergence et vous avez tous les ingrédients pour décrire le désastre possible.

    Vous me direz, le pire n'est jamais certain, mais tout de même, si notre intuition était bonne, que se passerait-il ? Nous n'en savons rien. Nous aimerions bien le savoir.

    Je ne sais pas vraiment ce qui m'attend, mais je fais mien le « principe de précaution » et je me prépare au pire, psychologiquement, socialement et, ma foi, matériellement.

     Comme je ne suis pas Cassandre, je vous souhaite une bonne, une excellente année 2010, 2011, 2012 et même au-delà !      

     

  • Compte-rendu d'un café-citoyen sur Noël

    Pour terminer l'année, le point de vue sur Noël d'un ami internaute.

    Noël est une fête fêtée depuis longtemps. Il y a deux moments dans l'année, le solstice  d'été et le solstice d'hiver. Au solstice d'été, on atteint l'impression de plénitude et on va vers le froid. Au solstice d'hiver, on est dans l'obscurité et le jour progressivement va croître. Ces moments sont fêtés dans toutes les religions et toutes les traditions. Le solstice d'hiver symbolise la lumière et le feu, la lumière qui va augmenter pendant la moitié de l'année qui suit et le feu qui réchauffe les chaumières. Les fêtes étaient énormes, orgiaques, mettant à l'honneur les guirlandes, les lierres et les houx toujours verts, repris par la couronne d'épines. C'est le temps des réjouissances et des cadeaux. On honore les nobles mais aussi les esclaves, ce qui casse le système social provisoirement.

    Le christianisme ignore la date de naissance de Jésus.

    Noël étant une orgie, il pose un problème au christianisme. Certains voulaient l'interdire, ce qui s'est révélé impossible, et les autres voulaient le conserver en lui donnant un autre sens, celui de la nativité de Jésus, sachant que la date de naissance de Jésus est inconnue. Les chrétiens introduisent la frugalité dans les festins, remplacent le théâtre par la scène de crèche. (Note : on reconnaît là la subversion du sacrifice tragique par le sacrifice du Christ.)

    Noël conserve longtemps une place centrale ; c'est l'occasion de sacrer les empereurs romains et Charlemagne se fait encore couronner à Noël. Pâques est un épanouissement de Noël, et symbolise la fin du passage de Jésus sur terre.

    Le courant puritain anglais interdit le remue-ménage de Noël et la Révolution française interdit les manifestations religieuses, ce qui a pour effet dans les deux cas de rendre la célébration de Noël domestique, chez soi. Noël devient une fête familiale.

    Les immigrés qui fondent les États-Unis apportent avec eux Saint Nicolas, un saint du IVe siècle, habillé en évêque. Saint Nicolas protège les enfants. un pasteur protestant remplace la mitre par un bonnet et la crosse par un sucre d'orge et l'habille de rouge. Saint Nicolas montait un âne, le Père Noël a des rennes. Puis, on dit qu'il habite au pôle nord.

    En 1930, Coca Cola veut vendre sa boisson rafraîchissante pour l'hiver et achève la construction du Père Noël. Le Sapin vient de Méditerranée.

    Le cadeau classique est une orange, fruit exotique très cher. Aujourd'hui, Noël est la fête du fric. Beaucoup de suicidaires passent à l'acte en période des fêtes. Pour éviter que Noël ne soit que la fête du fric et de l'hédonisme obligatoire et du tourment « qu'offrir à des gens qui ont déjà tout ? » 

    Dans la crèche, l'âne et le bœuf ont un souffle chaud pour l'enfant Jésus, ce qui signifie que chacun a besoin des humbles. Avoir une attitude de reconnaissance envers les pauvres a priori.

    Faire quelque chose pour la paix. Pratiquer un acte d'amour de proximité.

    Jésus fait le don de soi. Nous pouvons offrir notre temps et présence. Le sacrifice de soi consiste à renoncer à quelque chose pour obtenir quelque chose de mieux, du matériel pour du spirituel. Revenir à la racine et se débarrasser des oripeaux.

    Laissez venir les petits enfants à moi : mais le Père Noël leur barre le passage. Le désir de posséder ne peut pas être satisfait. Seul le désir de travail peut être comblé de satisfaction.

    Si votre enfant a quitté l'émerveillement pour s'encombrer de frustration, le plus beau cadeau à lui faire est de lui montrer comment offrir ses cadeaux en trop à un enfant pauvre, ce qui convertit la certitude du désir frustré en mystère de la relation. Pour sortir du fric, de la jouissance obligatoire et de la question « qu'offrir à des gens qui ont déjà tout », faites quelque chose pour ceux qui ne l'ont pas.

    Nicolas Messina

    nmessina2004@yahoo.fr>